La seconde épître aux Corinthiens
La seconde épître aux Corinthiens est la plus personnelle des lettres de Paul. Il l’écrit après un conflit douloureux avec cette Église, où son autorité avait été contestée. Il y défend son ministère, ouvre son cœur, et appelle à la réconciliation. Ce conflit avait un visage précis. Après une visite pénible et une lettre sévère écrite dans les larmes, Paul avait attendu, inquiet, des nouvelles de Corinthe ; elles vinrent par Tite : « celui qui console les humbles, Dieu, nous a consolés par l’arrivée de Tite. » 2 Corinthiens 7:6 L’Église s’était ressaisie, l’offenseur repenti, et c’est dans ce soulagement que Paul écrit.
Le ministère de la réconciliation
Paul se présente comme l’envoyé qui parle au nom d’un autre. Ce qu’il porte n’est pas son message, mais l’appel de Dieu lui-même : « Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » 2 Corinthiens 5:20 Et cette réconciliation repose sur un échange inouï : le Christ a pris sur lui notre péché pour nous rendre justes devant Dieu, en règle avec lui. « Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu. » 2 Corinthiens 5:21
La lettre et l’Esprit
Ce ministère est celui d’une alliance nouvelle, qui l’emporte sur l’ancienne comme l’Esprit sur la lettre écrite. La Loi gravée sur la pierre commandait le bien sans donner la force de l’accomplir ; l’Esprit, lui, change le cœur : « la lettre tue, mais l’Esprit fait vivre. » 2 Corinthiens 3:6 Paul rappelle qu’après avoir parlé à Dieu, Moïse voilait son visage rayonnant ; ce voile, dit-il, demeure sur la lecture de l’Ancien Testament tant qu’on ne se tourne pas vers le Christ, en qui seul il tombe : « quand on se tourne vers le Seigneur, le voile tombe. » 2 Corinthiens 3:16 Alors le croyant contemple à visage découvert la gloire de Dieu, et il en est peu à peu transformé.
Un trésor dans des vases d’argile
Paul mesure la disproportion entre le trésor qu’il porte et la fragilité de celui qui le porte. L’Évangile est confié à des hommes faibles, éprouvés, méprisés, et c’est justement là que la puissance de Dieu se donne à voir : « ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile, pour que cette puissance extraordinaire soit de Dieu et non de nous. » 2 Corinthiens 4:7 La faiblesse de Paul ne dément pas l’Évangile ; elle en garantit que la force vient d’ailleurs. Deux chapitres de la lettre organisent la collecte pour les pauvres de Jérusalem, et Paul en fait une école de charité fondée sur l’exemple du Christ : « vous connaissez la générosité de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui était riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour vous enrichir de sa pauvreté. » 2 Corinthiens 8:9 Le partage entre communautés devient le signe visible d’un seul corps, à l’image de l’abaissement volontaire du Fils.
La force dans la faiblesse
Ce renversement a sa source dans une épreuve intime. Paul portait une souffrance qu’il nomme une écharde dans sa chair, et par trois fois il pria le Seigneur de l’en délivrer ; la réponse reçue devint la clef de toute sa vie d’apôtre : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie tout entière dans la faiblesse. » 2 Corinthiens 12:9 Cette écharde lui avait été donnée pour un motif précis. Ravi jusqu’au troisième ciel, Paul avait reçu des révélations extraordinaires, et le contrepoids en fut cette souffrance : « pour m’empêcher de m’enorgueillir, il m’a été mis un aiguillon dans la chair, un ange de Satan chargé de me souffleter. » 2 Corinthiens 12:7 L’épreuve n’est pas gratuite : elle garde de l’orgueil celui que Dieu a comblé. De là vient un renversement qui traverse toute la lettre. Là où l’on attendrait que Paul se glorifie de ses titres, il se glorifie de ses faiblesses, car c’est en elles que la puissance du Christ le tient debout : « je me complais dans les faiblesses, les outrages, les détresses, les persécutions et les angoisses, pour le Christ ; car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » 2 Corinthiens 12:10 Le disciple ne s’appuie pas sur ses ressources, mais sur la grâce qui agit à travers ce qu’il n’a pas. La lettre se clôt sur une bénédiction où les trois Personnes sont nommées ensemble : « La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous ! » 2 Corinthiens 13:13 C’est de là que vient la salutation qui ouvre la messe, une des paroles trinitaires les plus nettes de tout Paul.