La Réforme protestante
Au seizième siècle, l’unité chrétienne de l’Occident, bâtie au long de mille ans, se brisa. D’une querelle sur les indulgences naquit un mouvement, la Réforme, qui sépara de l’Église de Rome une grande part de l’Europe et donna le jour au protestantisme.
Une Église qui appelait la réforme
L’Église de la fin du Moyen Âge portait de vrais et graves désordres. Beaucoup de clercs vivaient dans l’ignorance ou le relâchement, des évêques en princes plus qu’en pasteurs, et la papauté elle-même se laissait prendre à la politique et au luxe. On achetait et vendait des charges d’Église, un abus qu’on nomme la simonie. Surtout, pour financer ses œuvres, on prêchait la vente des indulgences d’une manière trompeuse : l’indulgence est la remise, par l’Église, des peines temporelles dues au péché déjà pardonné, mais on la présentait comme si l’argent pouvait acheter le pardon lui-même ou tirer les âmes du purgatoire. Depuis longtemps, des voix saintes réclamaient une réforme ; elle tardait. Faute de réforme entreprise à temps, la révolte devint possible.
Cet abus prit en 1517 un visage précis. Pour financer la reconstruction de la basilique Saint-Pierre de Rome, le dominicain Johann Tetzel parcourut l’Allemagne en prêchant une indulgence qu’on pouvait, assurait-il, appliquer aux morts ; son boniment liait sans détour la pièce déposée à la délivrance d’une âme.
Luther
Martin Luther, moine augustin et professeur allemand, était tourmenté par la question de son propre salut, cherchant comment un pécheur peut se tenir devant un Dieu juste. Il crut trouver la paix dans la conviction que l’homme est justifié par la foi seule, et non par ses œuvres. En 1517, il afficha quatre-vingt-quinze thèses contre l’abus des indulgences. Sommé de se rétracter, à Rome puis devant l’empereur Charles Quint à la diète de Worms en 1521, il refusa ; et sa protestation, d’abord dirigée contre un abus, s’élargit en une rupture avec toute la structure de l’Église.
Le pape Léon X condamna quarante et une de ses propositions dans la bulle Exsurge Domine, en 1520 ; Luther la brûla en public et fut excommunié l’année suivante.
Les principes de la Réforme
La doctrine de Luther reposait sur quelques principes qui touchaient le cœur de la foi catholique. D’abord la justification par la foi seule : l’homme serait sauvé par la seule foi, ses œuvres n’y ajoutant rien. Ensuite l’Écriture seule : la Bible, et non la Tradition de l’Église ni le pape, serait l’unique autorité en matière de foi. De ces deux principes découlait le rejet de l’autorité du pape, de la plupart des sept sacrements, du purgatoire, de la prière aux saints et à la Vierge, de la vie religieuse. L’Église répondit que ce n’étaient pas là des réformes, mais une rupture avec la foi reçue des apôtres.
L’Europe déchirée
Le mouvement se répandit avec une rapidité surprenante, porté par l’imprimerie récente, par des princes allemands qui saisirent les biens de l’Église et accueillirent une religion affranchie de Rome, et par le sentiment national. Il se divisa aussitôt en branches : les luthériens ; les réformés de Jean Calvin, à Genève, plus radicaux encore ; l’Église d’Angleterre, née quand le roi Henri VIII rompit avec le pape. En une génération, la moitié de l’Europe avait quitté l’Église catholique, et le continent fut déchiré par de longues guerres de religion, que la paix d’Augsbourg en 1555, puis celle de Westphalie en 1648, finirent par arrêter en laissant chaque prince fixer la religion de ses sujets.
Là, la rupture ne partit pas de la doctrine mais de l’autorité : le pape ayant refusé d’annuler le mariage du roi avec Catherine d’Aragon, l’Acte de suprématie de 1534 fit d’Henri VIII le chef de l’Église d’Angleterre, qui garda d’abord l’essentiel du culte catholique et ne glissa que plus tard vers la doctrine réformée.
C’est de ces princes que vient le nom du mouvement : à la diète de Spire, en 1529, ceux qui avaient embrassé la Réforme protestèrent solennellement contre la décision qui leur ôtait la liberté de la suivre, et de cette protestation on les appela protestants.
Une unité brisée
La Réforme était née de désordres réels, qui criaient réforme, et l’Église allait bientôt y répondre. Mais elle prit la voie de la rupture plutôt que celle du redressement intérieur : elle rejeta des points essentiels de la foi et brisa l’unité que le Christ voulait pour son Église. D’une seule Église, l’Occident passa à une multitude de confessions séparées. L’Église catholique tient cette division, comme le schisme avec l’Orient, pour une plaie ; elle reconnaît les fautes qui l’ont provoquée, honore ce qui demeure de foi et de vie chrétiennes chez les protestants, et prie pour l’unité de tous. Sa propre réponse allait venir, avec le concile de Trente.
La veille de sa mort, il avait prié pour eux : « que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi ; qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » Jean 17:21.