La justification par la foi
Après avoir montré le Juif et le païen également enfermés sous le péché, incapables de se rendre justes par eux-mêmes, Paul atteint le tournant de la lettre. À l’homme qui ne pouvait rien, Dieu donne gratuitement ce qu’il exigeait : sa propre justice, offerte dans le Christ et reçue par la foi. C’est le cœur de l’Évangile selon Paul, et le fondement de tout ce qui suit.
La justice de Dieu donnée
Jusque-là, l’homme cherchait à devenir juste en observant la Loi, et il y échouait. Paul annonce une justice d’une autre source : non pas gagnée par l’homme, mais donnée par Dieu, la même pour tous ceux qui croient. Tous, sans exception, ont besoin d’être sauvés : « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » Romains 3:23, et tous sont rendus justes du même don : « ils sont justifiés gratuitement par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. » Romains 3:24 Justifier, dans la langue de Paul, c’est rendre juste : Dieu ne se contente pas de déclarer l’homme innocent, il le renouvelle au-dedans et l’ajuste réellement à lui. Et cela s’obtient par la foi, non par les œuvres de la Loi : « l’homme est justifié par la foi, indépendamment des œuvres de la Loi. » Romains 3:28 Les œuvres de la Loi sont l’observance des prescriptions données à Israël par Moïse, la circoncision, le sabbat, les règles rituelles et morales. Paul ne dit pas que la conduite est sans valeur, mais que nul ne peut mériter d’être rendu juste en accomplissant la Loi : la justice est d’abord un don reçu, non un salaire gagné.
Abraham, père des croyants
Pour montrer que cette justice par la foi accomplit l’Ancien Testament au lieu de le renier, Paul remonte à Abraham. Avant la Loi, avant même la circoncision, Abraham fut déclaré juste pour avoir cru la promesse de Dieu : « Abraham eut foi en Dieu, et cela lui fut compté comme justice. » Romains 4:3 La justification par la foi est donc la manière dont Dieu a toujours agi. Abraham devient ainsi le père de tous les croyants, des Juifs et des païens, de quiconque se fie à la parole de Dieu comme lui. Cette justice reçue par la foi, Paul la rattache tout entière au Christ mort et ressuscité : « lui qui a été livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification. » Romains 4:25 Sa mort efface la faute, sa résurrection nous établit dans la vie nouvelle des justifiés : la justification ne tient pas à la seule Croix, mais aussi à Pâques.
La paix et l’espérance
Cette justice reçue change le rapport de l’homme à Dieu. De l’inimitié du péché, on passe à la paix : « justifiés par la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ. » Romains 5:1 Et la preuve que Dieu donne cette paix par pur amour, Paul la trouve à la Croix, où Dieu aime l’homme avant que l’homme se corrige : « Dieu prouve son amour envers nous : alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous. » Romains 5:8 De là naît une espérance ferme, appuyée non sur nos forces mais sur cet amour.
Adam et le Christ
Paul embrasse enfin toute l’histoire humaine en deux hommes, dont chacun entraîne derrière lui toute une descendance. Un seul homme, Adam, avait fait entrer le péché et la mort dans le monde, et sa désobéissance pèse sur toute sa descendance, non comme une faute que chacun aurait commise, mais comme une blessure héritée : Adam vivait d’abord dans l’amitié de Dieu, et son péché a fait perdre à toute sa descendance cette sainteté première. Un seul homme, le Christ, nouvel Adam, renverse cela par son obéissance et fait passer la multitude à la justice : « par la désobéissance d’un seul homme, la multitude a été constituée pécheresse, de même, par l’obéissance d’un seul, la multitude sera constituée juste. » Romains 5:19 Là où le péché avait abondé, la grâce surabonde : le don du Christ dépasse de loin le mal d’Adam.