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La force

La force est la vertu cardinale qui affermit l’âme dans les difficultés : elle la tient ferme dans la poursuite du bien quand ce bien coûte, jusqu’au don de la vie. Le mot latin rendu par « force », fortitudo, désigne cette fermeté de l’âme, distincte de la vigueur du corps : un corps faible peut porter une âme forte. La Sagesse la compte parmi les quatre vertus qui soutiennent toute la vie morale : « Elle enseigne la tempérance et la prudence, la justice et la force, ce qu’il y a de plus utile aux hommes pendant la vie. » Sagesse 8:7. Et l’Écriture lui donne d’emblée sa source : la force du fidèle vient de Dieu, s’exerce dans la faiblesse, et trouve son acte le plus haut dans la fidélité jusqu’à la mort.

Dieu est la force des siens

Avant d’être une vertu de l’homme, la force est un nom de Dieu dans la bouche de son peuple. Au sortir de la mer Rouge, Israël chante : « Le Seigneur est ma force et l’objet de mes chants ; c’est lui qui m’a sauvé. » Exode 15:2. Le psalmiste la reprend pour lui : « Le Seigneur est ma force et mon bouclier ; en lui s’est confié mon cœur. » Psaume 28:7, et il décrit cette force comme une ceinture que Dieu lui passe : « Le Dieu qui me ceint de force, qui rend ma voie parfaite. » Psaume 18:33. La ceinture serrait le vêtement pour le travail et le combat : Dieu équipe lui-même son fidèle, et la fermeté de l’homme est d’abord un don reçu.

Fortifie-toi et prends courage

Au seuil de la terre promise, Dieu commande la force à Josué comme on confie une mission : « Fortifie-toi et prends courage ; car c’est toi qui mettras ce peuple en possession du pays que j’ai juré à leurs pères de leur donner. » Josué 1:6. Et il en donne aussitôt l’appui : « Seulement fortifie-toi et aie bon courage, en t’appliquant à agir selon toute la loi que Moïse, mon serviteur, t’a prescrite. » Josué 1:7. La force commandée s’adosse à la promesse et se nourrit de la Loi : elle est une obéissance qui tient bon. David en donne la figure la plus pure : devant Goliath, le plus petit d’Israël s’avance sans armure et nomme son appui : « Tu viens à moi avec l’épée, la lance et le javelot ; et moi je viens à toi au nom du Seigneur des armées. » 1 Samuel 17:45. La force biblique se mesure à son appui : qui s’appuie sur Dieu peut marcher vers ce qui le dépasse.

L’endurance, acte premier de la force

La force a deux actes : attaquer le mal quand il peut être vaincu, et l’endurer quand il doit être porté. Le second est le plus grand, car tenir sous le mal qui dure demande plus de fermeté que de le frapper. Le sage le dit en comparant les victoires : « Celui qui est lent à la colère vaut mieux qu’un héros ; et celui qui domine son esprit, que le guerrier qui prend les villes. » Proverbes 16:32. La maîtrise de soi dans l’épreuve l’emporte sur la conquête. Et cette fermeté donne au juste son assurance : « Les méchants fuient sans qu’on les poursuive, mais les justes ont de l’assurance comme un lion. » Proverbes 28:1. L’assurance du juste tient à sa conscience droite et à son appui en Dieu : il peut rester en place quand tout pousse à fuir.

La force dans la faiblesse

L’Évangile dévoile le paradoxe de la force chrétienne. Paul demande d’être délivré de l’écharde qui le tourmente, et reçoit une autre réponse : « Ma grâce te suffit, car c’est dans la faiblesse que ma puissance se montre tout entière. » 2 Corinthiens 12:9. L’Apôtre en tire sa devise : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » 2 Corinthiens 12:10. La faiblesse reconnue ouvre toute la place à la puissance de Dieu, là où l’homme qui se croit fort par lui-même n’attend plus rien d’en haut. Isaïe l’avait promis aux épuisés : « Il donne de la force à celui qui est fatigué et redouble la vigueur de celui qui est défaillant. Ceux qui se confient dans le Seigneur renouvellent leurs forces ; ils élèveront leur vol comme les aigles ; ils courront et ne se fatigueront point. » Isaïe 40:29-31. Et Paul résume en une phrase la force du chrétien : « Je puis tout en celui qui me fortifie. » Philippiens 4:13.

La force du Christ

Le Christ a porté la force à son acte suprême : endurer librement la Passion. L’épître aux Hébreux le donne à contempler comme le modèle de ceux qui faiblissent : « Les yeux fixés sur Jésus, l’auteur et le consommateur de la foi, lui qui, au lieu de la joie qu’il avait devant lui, méprisant l’ignominie, a souffert la croix. Considérez celui qui a supporté contre sa personne une si grande contradiction de la part des pécheurs, afin de ne pas vous laisser abattre par le découragement. » Hébreux 12:2-3. Sa force a traversé l’agonie elle-même : à Gethsémani, dans le combat de la peur et de la volonté, « lui apparut du ciel un ange qui le fortifiait. » Luc 22:43. Celui qui fortifie les siens a lui-même reçu ce réconfort, prenant jusqu’au bout le chemin de notre faiblesse. Et au moment d’entrer dans sa Passion, il laisse aux siens sa victoire comme fondement de leur courage : « Vous avez des tribulations dans le monde ; mais prenez confiance, j’ai vaincu le monde. » Jean 16:33.

L’Esprit de force

La force est aussi un don du Saint-Esprit. Isaïe l’annonce reposant sur le Messie : « Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force. » Isaïe 11:2. Ce don affermit l’âme au-delà de ses ressources, et la Pentecôte en montre l’effet : les apôtres qui avaient fui à Gethsémani annoncent le Ressuscité devant ceux qui l’ont condamné. « Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils annoncèrent la parole de Dieu avec assurance. » Actes 4:31. Pierre, qui avait renié devant une servante, tient tête au sanhédrin : la différence entre ces deux nuits est l’Esprit reçu. La force chrétienne est une œuvre de Dieu dans l’homme, et c’est pourquoi elle se demande dans la prière.

Le bon combat

La vie chrétienne est un combat, et l’Apôtre en désigne le véritable adversaire : « Nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres. » Éphésiens 6:12. Pour ce combat, Dieu fournit l’équipement : « Fortifiez-vous dans le Seigneur et dans sa vertu toute-puissante. Prenez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister au jour mauvais, et après avoir tout surmonté, rester debout. » Éphésiens 6:10-13. Rester debout : c’est l’acte propre de la force, et Paul le commande comme une consigne de veille : « Veillez, demeurez fermes dans la foi, soyez des hommes, fortifiez-vous. » 1 Corinthiens 16:13. Le terme du combat est la fidélité qui tient jusqu’au bout, celle des martyrs, et elle porte une promesse : « Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne de la vie. » Apocalypse 2:10. Paul, au soir de sa course, en donne le dernier mot : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. » 2 Timothée 4:7.