La femme dans l'assemblée
La première lettre à Timothée donne des consignes pour la conduite de l'assemblée d'Éphèse, dont celle-ci : la femme reçoit l'instruction dans le calme, elle n'enseigne pas ni n'exerce d'autorité sur l'homme, et la règle est fondée sur Adam et Ève. Le passage heurte. Il s'éclaire quand on entre dans la situation qu'il corrige et dans les raisons qu'il avance.
Le calme et l'instruction
Timothée veille sur l'Église d'Éphèse, troublée par de faux docteurs qui répandent des doctrines fausses et égarent des fidèles mal affermis. C'est dans ce désordre qu'est écrite la lettre. Sa première parole sur les femmes est une invitation à recevoir l'instruction : « Que la femme reçoive l'instruction en silence, en toute soumission. » 1 Timothée 2:11 Le mot grec rendu par « silence », hésychia (ἡσυχία), désigne le calme, la tranquillité. Le texte demande donc une attitude d'écoute et d'ordre, et non un mutisme. Avant d'enseigner, il faut d'abord être instruit ; à Éphèse, des femmes gagnées par l'erreur voulaient enseigner sans l'être encore.
Enseigner et prendre autorité
Vient alors la règle : « Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre autorité sur l'homme ; qu'elle demeure dans le silence. » 1 Timothée 2:12 Ce qui est réservé est précis : l'enseignement public qui fait autorité, et la présidence de l'assemblée, c'est-à-dire la charge de diriger la communauté réunie et de conduire sa prière. Cette charge revient aux hommes établis pour elle, et l'Église l'a maintenue en confiant aux hommes le ministère ordonné.
Cette réserve laisse entière la part des femmes dans la transmission de la foi. L'Écriture suppose ailleurs que la femme prie et prophétise dans l'assemblée : « Toute femme qui prie ou prophétise… » 1 Corinthiens 11:5 Les Actes montrent une femme qui instruit dans la foi un prédicateur déjà éloquent (Actes 18:26). Ce qui est écarté est une fonction précise, l'enseignement qui fait autorité et la présidence de l'assemblée ; la parole des femmes garde ailleurs toute sa place.
Adam et Ève
La consigne est fondée sur deux faits de la Genèse. Le premier est l'ordre de la création : « Car Adam fut formé le premier, Ève ensuite. » 1 Timothée 2:13 L'antériorité d'Adam dit l'ordre voulu par Dieu entre l'homme et la femme.
Le second est l'ordre de la chute : « Ce n'est pas Adam qui fut séduit ; c'est la femme qui, séduite, tomba dans la transgression. » 1 Timothée 2:14 Ève fut trompée la première par le serpent. Le texte n'enseigne pas pour autant qu'Ève soit plus coupable, ni que la femme soit plus faible par nature : la responsabilité du péché qui pèse sur toute l'humanité est rapportée à Adam, en qui tous ont péché : « Par un seul homme le péché est entré dans le monde. » Romains 5:12 Si la séduction d'Ève est rappelée, c'est en avertissement : la même tromperie était à l'œuvre à Éphèse, où des fidèles mal affermis se laissaient égarer par les faux docteurs. Le rappel de la chute met en garde l'assemblée contre ce danger.
Sauvée par l'enfantement
Le passage s'achève sur une parole obscure : « Elle sera sauvée par l'enfantement, si elle persévère dans la foi, la charité et la sainteté. » 1 Timothée 2:15 L'enfantement dont il s'agit est d'abord celui par lequel le salut est venu au monde. Là où Ève, séduite, entraîna la chute, une femme, en mettant au monde le Sauveur, a porté le remède, accomplissant la promesse faite après la faute, celle d'une descendance née de la femme qui écraserait le serpent : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne : elle t'écrasera la tête. » Genèse 3:15 La femme est relevée par cet enfantement, reçu dans la foi.
Le passage tient ainsi ensemble deux choses. Une discipline : l'enseignement qui fait autorité et la présidence de l'assemblée reviennent aux hommes établis, et l'Église l'a gardé ; la forme la plus stricte, le silence imposé, répondait au désordre précis d'Éphèse. Et une dignité : la femme, égale en valeur devant Dieu, a part comme l'homme au salut, et c'est par une femme que le Sauveur est entré dans le monde. L'ordre ainsi rappelé situe l'homme et la femme, ensemble, dans le dessein d'un Dieu qui a voulu les sauver par l'enfantement d'une femme.