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Juillet 2026
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Juin 2026
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La Croix et la Résurrection

La Croix et la Résurrection forment le cœur de la foi chrétienne. Par sa mort sur la Croix, le Christ rachète le péché du monde ; par sa Résurrection, il triomphe de la mort. Ces deux moments inséparables sont appelés le mystère pascal, et c’est là que s’opère notre salut.

Une offense infinie

Le péché avait séparé l’homme de Dieu, et cette rupture dépassait toute réparation humaine. La gravité d’une offense se mesure à la dignité de celui qu’elle atteint : le même affront pèse plus lourd contre un roi que contre un homme ordinaire. Or le péché atteint Dieu lui-même, infiniment grand. Il porte donc une gravité sans mesure : une offense infinie.

Saint Anselme a déployé cette logique. Réparer une telle offense demandait une satisfaction de valeur égale, donc infinie. Le mot satisfaction désigne ici la réparation offerte à Dieu pour le péché, le don qui répond à l’offense. Or aucun homme ne pouvait l’offrir : créature finie, déjà redevable à Dieu de tout ce qu’il est, l’homme n’avait rien à donner qui ne fût déjà dû. Sa dette le dépassait infiniment.

La justice voulait pourtant que ce soit l’homme qui répare, puisque c’est l’homme qui avait péché. Il fallait donc un réparateur à la fois pleinement homme, pour offrir au nom de tous, et pleinement Dieu, pour que son offrande ait la valeur infinie qu’exigeait la faute. Ce réparateur, c’est le Christ, pleinement Dieu et pleinement homme. En lui seul, l’humanité pouvait enfin rendre à Dieu une réparation à la mesure de l’offense.

Ce que les figures annonçaient

Bien avant le Calvaire, l’Ancien Testament avait tracé les traits du sacrifice à venir. Ces images, que l’on appelle des figures, ne sont pas de simples ressemblances : Dieu préparait son peuple à reconnaître le Sauveur. Abraham conduit son fils unique Isaac pour l’offrir, portant lui-même le bois du sacrifice, comme le Christ portera sa Croix ; mais là où la main d’Abraham est arrêtée, le Père ne retient pas son propre Fils. « Dieu lui-même pourvoira l’agneau pour l’holocauste, mon fils. » Genèse 22:8

Au désert, mordu par les serpents, le peuple était guéri en regardant un serpent de bronze dressé sur un mât ; Jésus y voit l’annonce de sa Croix. « Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé. » Jean 3:14 L’agneau pascal, dont le sang marquait les portes pour épargner Israël de la mort, désignait celui dont le sang nous délivre ; et le signe de Jonas, trois jours dans le ventre du poisson, préfigurait l’ensevelissement du Christ et sa Résurrection le troisième jour.

Le sacrifice de la Croix

Sur la Croix, le Christ prend sur lui le péché du monde. Jean-Baptiste l’avait désigné : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » Jean 1:29 Innocent, il prend sur lui le fardeau des coupables et en porte les conséquences, par amour et par solidarité avec nous. Sept siècles plus tôt, le prophète Isaïe avait décrit ce juste innocent, le Serviteur souffrant, qui prend sur lui le péché de la multitude. « Il a été transpercé à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos fautes ; le châtiment qui nous rend la paix est tombé sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris. » Isaïe 53:5 Il s’offre lui-même en réparation pour tous. « Il s’est livré lui-même à la mort et il a été compté parmi les criminels, alors qu’il portait le péché des multitudes. » Isaïe 53:12 Son sang versé est le don total de lui-même au Père, offert par amour en réparation pour tous. Nul ne le lui arrache : il se livre librement, et c’est cette obéissance d’amour, où le Fils accomplit la volonté du Père, qui fait le prix de son offrande. « Personne ne me l’enlève ; c’est moi qui la donne, librement. » Jean 10:18 Là, le sacrifice qu’annonçaient tous les autels d’Israël trouve son accomplissement. En ce sacrifice, le Christ est à la fois le prêtre qui offre et la victime offerte : il ne présente pas le sang d’un animal, mais le sien propre. « Il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, obtenant une rédemption éternelle. » Hébreux 9:12 Et ce qui donne à cette offrande tout son prix, c’est l’obéissance du Fils, abaissé jusqu’au bout par amour. « Il s’est abaissé lui-même, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » Philippiens 2:8

Justice et miséricorde

La Croix révèle ensemble la justice et la miséricorde de Dieu. Sa justice, car le péché y est pleinement réparé, par une offrande à la mesure de l’offense.

Sa miséricorde plus encore. Sauver l’homme était pure gratuité : il s’était perdu par sa propre faute, et rien n’obligeait Dieu à le relever. La miséricorde commence dans cet amour offert à qui ne l’avait pas mérité : « Dieu prouve son amour envers nous : alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous. » Romains 5:8 Elle va plus loin encore. La justice voulait que le coupable paie ; le coupable ne le pouvait pas. Alors c’est l’offensé qui paie pour l’offenseur : Dieu, en droit d’exiger réparation, se fait lui-même réparateur et prend à sa charge la dette qu’il aurait pu réclamer. Pour cela il donne ce qu’il a de plus cher, son propre Fils. Le don épouse la mesure de l’offense : infini comme elle.

Dieu restait pourtant libre. Par sa toute-puissance, il aurait pu remettre le péché d’un simple pardon. S’il a choisi cette voie, c’est qu’elle était la plus digne de lui, celle où sa justice est honorée, sa miséricorde manifestée, et l’homme associé à sa propre rédemption. Ainsi s’accomplit la parole du psaume : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent. » Psaume 85:11 À la Croix, Dieu pardonne sans rien abaisser de sa sainteté.

La descente aux enfers

Entre sa mort et sa Résurrection, le Christ n’est pas resté inactif. Le Symbole des Apôtres, le plus ancien résumé de la foi, professe qu’il est descendu aux enfers. Le mot ne désigne pas l’enfer des damnés, mais le séjour des morts, où toutes les âmes attendaient, depuis Adam, que le Ciel leur fût ouvert. Le Christ y descend dans son âme unie à sa divinité, non pour souffrir, mais en vainqueur, afin d’y porter la nouvelle du salut et de délivrer les justes qui l’avaient précédé. « Le Christ lui-même est mort une seule fois pour les péchés ; c’est en lui qu’il est allé proclamer son message aux esprits en prison. » 1 Pierre 3:18-19 Ainsi sa victoire rejoint tous les hommes, de la première alliance comme de la nouvelle.

La victoire de la Résurrection

Le troisième jour, le Christ est ressuscité, vivant pour toujours, vainqueur du péché et de la mort. La Résurrection est le couronnement de son sacrifice et la source de sa fécondité ; sur elle repose toute la foi : « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est illusoire, vous êtes encore dans vos péchés. » 1 Corinthiens 15:17

Cette Résurrection n’est pas une image ni un simple souvenir qui aurait survécu dans le cœur des disciples : le Christ est vraiment sorti du tombeau, dans son corps, le troisième jour. Le matin de Pâques, les femmes puis les Apôtres trouvent le sépulcre vide, et le Ressuscité se montre vivant à eux, mangeant en leur présence et se laissant toucher. Saint Paul rappelle ces faits comme le socle même de la prédication. « Le Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ; il est apparu à Céphas, puis aux Douze. » 1 Corinthiens 15:3-5 Le même qui fut crucifié est désormais glorieux, libre des limites d’ici-bas ; en le voyant vivant, les Apôtres ne proclament pas une idée, mais un événement dont ils sont les témoins. Par elle, ce que la Croix a mérité devient vie donnée. Le Christ ressuscité est la cause de notre justification : « Il a été livré pour nos fautes, et ressuscité pour notre justification. » Romains 4:25 Et sa victoire ne reste pas la sienne seule : il est le premier d’une multitude, et sa Résurrection est le principe de la nôtre. « Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts. » 1 Corinthiens 15:20 En son humanité glorifiée, élevé à la droite du Père, il est établi Seigneur et communique aux siens la vie qu’il a reçue. En lui, la mort cesse d’être une fin : elle devient le passage vers la vie qui ne finit pas.

L’Ascension

Quarante jours après Pâques, le Christ ressuscité monte au Ciel sous les yeux de ses Apôtres. L’Ascension n’est pas un éloignement : c’est l’entrée de son humanité, corps et âme, dans la gloire de Dieu. Pour la première fois, notre nature d’homme est introduite jusqu’au cœur de la vie divine ; là où la Tête est passée, les membres sont appelés à la suivre. Assis à la droite du Père, expression qui signifie la souveraineté partagée avec Dieu, le Christ ne cesse d’intercéder pour nous et répand l’Esprit Saint sur son Église. « Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures ; je pars vous préparer une place. » Jean 14:2 Il demeure présent aux siens jusqu’à ce qu’il revienne dans la gloire.

Un seul mystère pascal

La Croix et la Résurrection ne font qu’un seul acte de salut, que l’Église appelle le mystère pascal. La mort y rachète, la Résurrection y donne la vie ; l’une appelle l’autre, et le Christ passe de l’une à l’autre pour nous entraîner avec lui.

La justification

Ce que le Christ a mérité sur la Croix, il l’applique à chacun par la justification. Dieu y rend le pécheur juste : il efface le péché et infuse au cœur la grâce sanctifiante, qui fait de lui un fils adoptif. « Justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus. » Romains 3:24 Cette grâce nous parvient par les sacrements : le baptême nous plonge dans la mort et la Résurrection du Christ, « afin que, comme Christ est ressuscité des morts, nous menions une vie nouvelle » Romains 6:4, et l’Eucharistie nous nourrit de son sacrifice. C’est ce mystère que célèbre chaque messe et que renouvelle chaque Pâque ; unis à lui, justifiés par son sang, nous attendons de ressusciter comme lui, au dernier jour.