La Croix et la Résurrection

La Croix et la Résurrection forment le cœur de la foi chrétienne. Par sa mort sur la Croix, le Christ rachète le péché du monde ; par sa Résurrection, il triomphe de la mort. Ces deux moments inséparables sont appelés le mystère pascal, et c'est là que s'opère notre salut.

Une offense infinie

Le péché avait séparé l'homme de Dieu, et cette rupture dépassait toute réparation humaine. La gravité d'une offense se mesure à la dignité de celui qu'elle atteint : un manque d'égard envers un semblable pèse moins lourd que le même affront fait à un souverain. Or le péché atteint Dieu lui-même, infiniment grand. Il porte donc une gravité sans mesure : une offense infinie.

Réparer une telle offense demandait une satisfaction de valeur égale, donc infinie. Le mot satisfaction désigne ici la réparation offerte à Dieu pour le péché, le don qui répond à l'offense. Or aucun homme ne pouvait l'offrir : créature finie, déjà redevable à Dieu de tout ce qu'il est, l'homme n'avait rien à donner qui ne fût déjà dû. Sa dette le dépassait infiniment.

La justice voulait pourtant que ce soit l'homme qui répare, puisque c'est l'homme qui avait péché. Il fallait donc un réparateur à la fois vrai homme, pour offrir au nom de tous, et vrai Dieu, pour que son offrande ait la valeur infinie qu'exigeait la faute. Ce réparateur, c'est le Christ, vrai Dieu et vrai homme. En lui seul, l'humanité pouvait enfin rendre à Dieu une réparation à la mesure de l'offense.

Le sacrifice de la Croix

Sur la Croix, le Christ prend sur lui le péché du monde. Jean-Baptiste l'avait désigné : « Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » Jean 1:29 Innocent, il porte la peine des coupables : « Il a été transpercé à cause de nos péchés ; par ses meurtrissures, nous sommes guéris. » Isaïe 53:5 Son sang versé est le don total de lui-même au Père, offert par amour en réparation pour tous. Là, le sacrifice qu'annonçaient tous les autels d'Israël trouve son accomplissement.

Justice et miséricorde

La Croix révèle ensemble la justice et la miséricorde de Dieu. Sa justice, car le péché y est pleinement réparé, par une offrande à la mesure de l'offense.

Sa miséricorde plus encore. Sauver l'homme était pure gratuité : il s'était perdu par sa propre faute, et rien n'obligeait Dieu à le relever. La miséricorde commence dans cet amour offert à qui ne l'avait pas mérité : « Dieu prouve son amour envers nous : alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous. » Romains 5:8 Elle va plus loin encore. La justice voulait que le coupable paie ; le coupable ne le pouvait pas. Alors c'est l'offensé qui paie pour l'offenseur : Dieu, en droit d'exiger réparation, se fait lui-même réparateur et prend à sa charge la dette qu'il aurait pu réclamer. Pour cela il donne ce qu'il a de plus cher, son propre Fils. Le don épouse la mesure de l'offense : infini comme elle.

Dieu restait pourtant libre. Par sa toute-puissance, il aurait pu remettre le péché d'un simple pardon. S'il a choisi cette voie, c'est qu'elle était la plus digne de lui, celle où sa justice est honorée, sa miséricorde manifestée, et l'homme associé à sa propre rédemption. Ainsi s'accomplit la parole du psaume : « L'amour et la vérité se rencontrent, la justice et la paix s'embrassent. » Psaume 85:11 À la Croix, Dieu pardonne sans rien abaisser de sa sainteté.

La victoire de la Résurrection

Le troisième jour, le Christ est ressuscité, vivant pour toujours, vainqueur du péché et de la mort. Sa Résurrection scelle la valeur de son sacrifice : « Il a été livré pour nos fautes, et ressuscité pour notre justification. » Romains 4:25 Et il est le premier d'une multitude : « Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts. » 1 Corinthiens 15:20 En lui, la mort cesse d'être une fin.

Un seul mystère pascal

La Croix et la Résurrection ne font qu'un seul acte de salut, que l'Église appelle le mystère pascal. La mort y rachète, la Résurrection y donne la vie ; l'une appelle l'autre, et le Christ passe de l'une à l'autre pour nous entraîner avec lui. C'est ce mystère que célèbre chaque messe et que renouvelle chaque Pâque.

La justification

Ce que le Christ a mérité sur la Croix, il l'applique à chacun par la justification. Justifier, c'est rendre juste : Dieu efface le péché et infuse au cœur la grâce sanctifiante, transformant réellement le pécheur en fils adoptif. « Justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus. » Romains 3:24 Cette grâce nous parvient par les sacrements : le baptême nous plonge dans la mort et la Résurrection du Christ, « afin que, comme Christ est ressuscité des morts, nous menions une vie nouvelle » Romains 6:4, et l'Eucharistie nous nourrit de son sacrifice. Unis à lui, justifiés par son sang, nous attendons de ressusciter comme lui, au dernier jour.