La création et le repos
La Bible s’ouvre sur le commencement de tout. Avant l’histoire d’Israël, avant les patriarches, la Genèse remonte à l’origine du monde et de l’homme. Elle en dit le sens religieux : qui est Dieu, ce qu’est le monde qu’il a fait, et quelle place l’homme y tient, laissant à la raison la recherche du comment scientifique. Ce premier récit, celui des sept jours, pose les fondations de toute la foi : un seul Dieu, créateur libre, une création bonne, un homme fait à son image et appelé au repos avec lui.
Au commencement, Dieu
Le premier mot de la Bible dit déjà l’essentiel. « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » Genèse 1:1 Avant toute chose, Dieu est ; et tout ce qui existe vient de lui. Le verbe hébreu rendu par « créer », bara (בָּרָא), n’a jamais l’homme pour sujet dans la Bible : il désigne l’acte propre de Dieu, qui fait être ce qui n’était pas. Le monde ne naît donc pas d’un combat entre des dieux, ni de la matière d’un corps divin dépecé, comme le racontaient les peuples voisins d’Israël ; il naît d’une décision libre du Dieu unique, qui n’avait besoin de rien et crée par pure bonté. Au départ, la terre n’est qu’un chaos vide et ténébreux, et sur ce désordre l’Esprit de Dieu se tient, prêt à tout ordonner. « La terre était informe et vide ; les ténèbres couvraient l’abîme, et l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux. » Genèse 1:2 Tout le récit qui suit sera le passage de ce vide informe à un monde ordonné, empli et habité.
Dieu dit, et cela fut
Dieu ne façonne pas le monde à la manière d’un ouvrier qui lutte contre sa matière : il parle, et sa parole suffit. « Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. » Genèse 1:3 Dix fois revient ce « Dieu dit », et dix fois la chose est. Les six jours déroulent un ordre réfléchi : Dieu sépare d’abord, puis il remplit ce qu’il a séparé. Les trois premiers jours dressent les cadres, la lumière et les ténèbres, les eaux d’en haut et d’en bas, la mer et la terre ferme ; les trois jours suivants les peuplent, les astres au ciel, les oiseaux et les poissons, les bêtes et l’homme sur la terre. Le monde est comme une maison que Dieu bâtit puis emplit d’hôtes. À chaque étape, un refrain revient comme un sceau : Dieu vit que cela était bon. La création est bonne parce qu’elle sort d’un Dieu bon ; il n’y a pas en elle de principe mauvais, et la matière même est l’œuvre voulue de Dieu, non une prison ou une déchéance. Cette parole créatrice, le Nouveau Testament la reconnaît comme le Verbe, le Fils par qui tout a été fait. « Tout a été fait par lui, et rien de ce qui existe n’a été fait sans lui. » Jean 1:3 Le monde est sorti de la parole de Dieu, et cette parole est son Fils. « en lui tout a été créé, dans les cieux et sur la terre, le visible et l’invisible. » Colossiens 1:16 Le récit des sept jours dit ainsi le sens de la création, l’ordre et la bonté que Dieu y a mis, sans prétendre en fixer la mesure du temps ni la manière, que la raison peut chercher par ailleurs.
L’homme, image de Dieu
Le sixième jour, la création atteint son sommet avec un être à part. Cette fois, Dieu délibère, comme pour marquer le prix de ce qu’il va faire : au « qu’il y ait » des jours précédents succède un « Faisons ». « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance. » Genèse 1:26 Seul l’homme est fait à l’image de Dieu, et cette image le distingue de toute autre créature : elle est sa raison, sa liberté, sa capacité de connaître Dieu et de l’aimer. Homme et femme la portent également, l’un et l’autre pleinement. « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; homme et femme il les créa. » Genèse 1:27 Chez les peuples voisins, l’homme était fait pour servir les dieux comme un esclave sert son maître ; ici, il est fait à l’image du seul Dieu et établi comme un roi sur la création, béni et chargé de la transmettre et de la garder. « Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. » Genèse 1:28 Cette domination n’est pas celle d’un tyran, mais d’un gérant qui cultive et garde au nom de Dieu le monde reçu. Le second récit dit la même dignité par une image plus intime : Dieu façonne l’homme de ses mains et lui donne son souffle. « le Seigneur Dieu façonna l’homme avec la poussière de l’humus ; il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » Genèse 2:7 L’homme, tiré du sol (adam de adamah, « la terre »), tient de la terre son corps et de Dieu son souffle : humble par son origine, grand par ce qui l’anime.
Le septième jour, le repos de Dieu
L’œuvre achevée, Dieu ne crée plus, mais il fait quelque chose encore : il se repose, et il bénit ce repos. « Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car ce jour-là il cessa toute l’œuvre qu’il avait créée. » Genèse 2:3 Ce repos de Dieu n’est pas fatigue, mais achèvement : il regarde son œuvre, s’y complaît, et invite l’homme à entrer dans ce même repos. Le septième jour, le sabbat, est ainsi inscrit dans la création elle-même, avant toute loi : le temps porte en son cœur un jour rendu à Dieu, où l’homme cesse son travail pour se tenir devant celui qui l’a fait. Toute la création tend vers ce repos, car l’homme n’est pas fait d’abord pour produire, mais pour la communion avec Dieu, en qui seul il trouve son terme. Ce repos du septième jour annonce déjà le repos éternel où Dieu veut conduire les siens, et que le Christ ouvre le premier jour de la semaine nouvelle, au matin de sa Résurrection.