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La consolation et la désolation

La vie intérieure connaît deux climats. Tantôt l’âme se sent proche de Dieu, portée vers lui, remplie de paix et de courage : c’est la consolation. Tantôt elle se sent loin de lui, dans l’obscurité et la sécheresse, tentée de tout abandonner : c’est la désolation. Ces deux états reviennent dans toute vie spirituelle.

La consolation

La consolation est tout mouvement intérieur qui tourne l’âme vers Dieu. Elle prend des formes variées : une joie paisible, un élan de ferveur, des larmes de repentir, un goût retrouvé pour la prière. On la reconnaît à ses effets : la foi s’affermit, l’espérance grandit, la charité s’élargit. Tout, en elle, fortifie l’âme et la rend plus libre pour le bien.

La désolation

La désolation est l’état opposé. L’âme se sent dans le noir, lourde et sèche, comme séparée de Dieu. La prière devient pénible, le goût des choses spirituelles s’éteint, et monte la tentation de céder au doute et au découragement. Cet état ne signifie pas que Dieu a abandonné l’âme. Le Christ lui-même, au jardin des Oliviers, a connu l’angoisse : « Mon âme est triste jusqu’à la mort. » Matthieu 26:38.

Traverser la désolation

Dans la désolation, une règle première s’impose : ne rien changer aux résolutions prises dans la lumière. La désolation est mauvaise conseillère ; revenir sur une bonne décision née dans la paix serait se laisser mener par elle. La pente naturelle pousse à relâcher la prière et à céder ; il faut aller à l’inverse : tenir ferme, prier davantage, revenir à la méditation, reprendre les pratiques qu’on avait laissé faiblir. Dans sa détresse, le psalmiste s’adresse à sa propre âme : « Pourquoi es-tu abattue, ô mon âme, et t’agites-tu en moi ? Espère en Dieu. » Psaume 42:6.

L’Écriture en offre le grand modèle avec Job, l’homme juste que Dieu laisse éprouver. En un même jour, il perd ses troupeaux, ses serviteurs et ses dix enfants ; bientôt la maladie le couvre de plaies. Dépouillé de tout, il ne se détourne pas de Dieu : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté ; que le nom du Seigneur soit béni ! » Job 1:21.

Si Dieu permet cette épreuve, c’est pour faire grandir : tantôt pour réveiller une âme devenue tiède, relâchée dans son service, tantôt pour l’affermir et lui apprendre à servir Dieu pour lui-même, sans attendre la douceur sentie de sa présence. La main qui permet l’épreuve en marque aussi le terme : « Le soir viennent les pleurs, et le matin l’allégresse. » Psaume 30:6.

Les ruses du tentateur

Dans la désolation, le mauvais esprit est à l’œuvre. Il pousse au découragement, souffle que tout est inutile et qu’il vaut mieux renoncer. Il agit surtout dans le secret : tant que l’âme garde pour elle ses pensées sombres, il les nourrit ; lorsqu’elle les confie à un prêtre ou à un guide spirituel, elles perdent leur force.

Vivre la consolation

La consolation appelle elle aussi une conduite. Le danger serait de s’y attacher comme à un bien acquis, ou de croire qu’on l’a produite soi-même. L’âme sage en profite autrement : elle rend grâce à Dieu, de qui la consolation vient, et elle fait provision de force pour les temps de sécheresse. Comme on met de côté pendant l’abondance pour les jours de manque, elle s’enracine dans la confiance pendant que la consolation dure, afin de tenir lorsque celle-ci se retirera.