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La conscience morale

Au moment d’agir, l’homme entend en lui un jugement qui lui dit : « cela, tu dois le faire », ou « cela, tu ne le dois pas ». Cette voix intérieure, qui discerne le bien du mal dans nos actes concrets, c’est la conscience morale. Elle est ce qu’il y a de plus intime et de plus personnel dans la vie morale, car c’est par elle que chacun se tient devant le bien et en répond. Mais la conscience est souvent mal comprise : on en fait tantôt un simple sentiment, tantôt un juge infaillible qui autoriserait tout ce qu’on ressent. La raison, en l’examinant, découvre une réalité plus haute et plus exigeante : un jugement qu’il faut toujours suivre, et que l’on a pourtant le devoir d’éclairer.

Ce qu’est la conscience

La conscience est un jugement de la raison. Devant un acte précis, ici et maintenant, l’intelligence applique ce qu’elle sait du bien et du mal, et conclut : cet acte est bon, je dois le faire ; celui-là est mauvais, je dois l’éviter. C’est ce jugement concret qu’on appelle la conscience morale. Elle se distingue de la connaissance générale du bien, qui dit « le mensonge est mauvais » ; la conscience, elle, descend dans le particulier et dit « ce que je m’apprête à dire est un mensonge, donc je ne dois pas le dire ». Elle est l’application au cas présent des principes que la raison connaît.

Cette capacité de juger ses propres actes est universelle : tout homme, même sans loi écrite ni religion, porte en lui ce sens du bien et du mal. Saint Paul l’observe chez les païens qui n’avaient pas reçu la Loi de Moïse et qui pourtant en accomplissaient les exigences : « Ils montrent que ce que la Loi ordonne est écrit dans leurs cœurs, leur conscience rendant en même temps témoignage par des pensées qui, de part et d’autre, les accusent ou les défendent. » Romains 2:15. La conscience accuse ou défend : elle approuve l’acte bon et reproche l’acte mauvais. C’est elle qui produit le remords après la faute, et la paix après le bien accompli. Cette loi, inscrite par Dieu dans le cœur de tout homme, est le signe que le bien est une vérité que la raison reconnaît, antérieure à toute convention humaine.

Le devoir de suivre sa conscience

Le premier principe est que l’homme doit toujours agir selon sa conscience. Puisque la conscience est le jugement par lequel je vois, ici et maintenant, ce qui est bien, agir contre elle, c’est agir contre ce que je tiens pour le bien, donc faire ce que je crois être un mal. Et faire ce qu’on croit mauvais est toujours une faute, quand bien même l’acte serait bon en lui-même. Celui qui ferait une bonne action en étant convaincu qu’elle est mauvaise pécherait, car il choisit ce qu’il prend pour le mal. Saint Paul l’énonce clairement : « Tout ce qui ne procède pas d’une conviction est péché. » Romains 14:23. C’est pourquoi nul ne doit être forcé d’agir contre sa conscience : il y a là une exigence de la dignité humaine, car l’homme ne peut se renier dans ce qu’il a de plus intime sans se trahir lui-même.

Mais ce principe est souvent déformé. Suivre sa conscience ne veut pas dire faire ce qu’on sent, ni juger librement ce qui est bien selon son goût. La conscience oblige parce qu’elle est un jugement de la raison cherchant le vrai, non un caprice. Dire « je suis ma conscience » n’autorise donc pas à décréter le bien et le mal à sa guise : cela engage au contraire à suivre un jugement droit, ce qui suppose de l’avoir formé.

La conscience peut se tromper

Car la conscience, étant un jugement humain, peut errer. Elle peut tenir pour bon ce qui est mauvais, ou pour mauvais ce qui est bon. Saint Paul parle ainsi d’une conscience faible, mal éclairée, chez ceux qui croyaient encore mal en mangeant certaines viandes : « Leur conscience, qui est faible, se trouve souillée. » 1 Corinthiens 8:7. Une conscience peut se tromper pour bien des raisons : l’ignorance des vrais principes, l’habitude du mal qui émousse le jugement, les passions qui inclinent à se donner raison, ou les mauvaises influences qui faussent le regard.

Il faut alors distinguer deux situations. Parfois l’erreur ne vient pas de nous : on a jugé de travers sans pouvoir savoir, malgré une recherche honnête. Cette ignorance, qu’on appelle invincible, n’est pas une faute, et l’homme qui suit en toute bonne foi une telle conscience n’est pas coupable de son erreur. Mais souvent l’erreur vient de notre négligence : on ne s’est pas informé, on a fermé les yeux, on a laissé les passions ou le confort obscurcir le jugement. Cette ignorance-là est coupable, car on avait le devoir de savoir et on ne l’a pas voulu. On répond alors non seulement de l’acte mauvais, mais de la négligence qui a faussé la conscience.

Le devoir de former sa conscience

De là vient le second principe, qui équilibre le premier : puisque la conscience peut se tromper, l’homme a le devoir de la former. On doit suivre sa conscience, mais on doit d’abord l’éclairer, pour que le jugement qu’on suivra soit juste. Former sa conscience, c’est chercher la vérité sur le bien : réfléchir, s’instruire des vrais principes moraux, examiner ses actes avec droiture, se défier de ses propres passions. C’est un travail de toute la vie, jamais achevé, car le cœur humain incline sans cesse à se donner raison.

Pour le croyant, cette formation a une lumière sûre. La conscience cherche le vrai bien ; or Dieu, qui connaît parfaitement le bien de l’homme, l’a fait connaître par sa loi et par l’enseignement de l’Église. Se former à cette lumière, c’est donner à son jugement le secours de la vérité révélée, pour ne pas s’égarer, plutôt que de renoncer à juger par soi-même. La vraie liberté de conscience n’est donc pas le pouvoir de juger comme on veut, mais celui de chercher le vrai pour bien juger. Ainsi les deux principes se rejoignent : on suit toujours sa conscience, et c’est pourquoi l’on doit, de toutes ses forces, la rendre droite. Le but de tout ce travail est celui que désigne saint Paul, une vie d’amour jaillie d’un cœur droit : « Une charité venant d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère. » 1 Timothée 1:5.