L’Incarnation
L’Incarnation est le mystère par lequel le Fils de Dieu a pris une nature humaine et s’est fait homme, sans cesser d’être Dieu. Le mot vient du latin incarnatio, « prise de chair » : le Verbe éternel, par qui tout a été fait, a pris chair de la Vierge Marie, conçu par l’Esprit Saint au jour de l’Annonciation, pour habiter parmi nous. « Et le Verbe s’est fait chair, et il a planté sa tente parmi nous, et nous avons vu sa gloire. » Jean 1:14
Pleinement Dieu et pleinement homme
Celui qui s’est fait homme est le Fils éternel, Dieu né de Dieu. En prenant notre nature, il a gardé toute sa divinité : la plénitude de Dieu demeure en lui, désormais dans une chair. « En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. » Colossiens 2:9 Il est ainsi tout ensemble pleinement Dieu et pleinement homme.
Une seule personne, deux natures
En lui se rencontrent deux natures, la divine et l’humaine. La nature est ce qu’une chose est ; la personne est celui qui est, le sujet qui dit « je » et qui agit. Dans le Christ, les deux natures demeurent entières et distinctes : chacune garde ce qui lui est propre, la divinité sa toute-puissance, l’humanité sa faiblesse. Elles sont unies en un seul sujet, l’unique personne du Fils, qui les porte toutes deux. C’est lui, le Verbe, qui est Dieu de toute éternité et qui, dans le temps, est aussi devenu homme. Cette union des deux natures dans l’unique personne du Verbe, l’Église l’appelle l’union hypostatique, du mot grec hypostase (ὑπόστασις) qui désigne la personne. Le concile de Chalcédoine l’a confessée en 451, par une formule restée célèbre : un seul et même Christ, reconnu en deux natures « sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation ». Les deux premiers mots écartent l’erreur qui fondait les deux natures en une seule, où l’humanité se perdrait dans la divinité, le monophysisme (du grec monos, « seul », et physis, « nature »), appelé aussi eutychianisme, du nom du moine Eutychès qui l’enseignait. Les deux derniers écartent l’erreur inverse, qui divisait le Christ en deux personnes juxtaposées, le nestorianisme, du nom de Nestorius. Cette confession s’appuya sur la lettre du pape saint Léon le Grand, son Tome à Flavien, où la double nature était clairement exposée ; à sa lecture, les évêques réunis acclamèrent que Pierre avait parlé par la bouche de Léon. Contre l’un et l’autre excès, il demeure un seul Fils, en deux natures entières.
Parce que ce sujet est unique, ce que chaque nature accomplit s’attribue à lui : le Fils de Dieu est né d’une femme, a souffert, est mort, et c’est Dieu qui, dans sa chair, nous a sauvés. L’Église nomme cette attribution réciproque la communication des idiomes : les propriétés de la divinité et de l’humanité se disent du seul et même Christ. Celle qui a enfanté ce sujet unique a mis au monde le Fils de Dieu lui-même : Marie est vraiment Mère de Dieu, non qu’elle soit à l’origine de sa divinité, éternellement reçue du Père, mais parce qu’elle est mère, selon l’humanité, de celui qui est Dieu. C’est saint Cyrille d’Alexandrie qui, contre Nestorius, défendit cette vérité : puisque le Verbe fait chair est un seul et même sujet, celle qui l’enfante est vraiment Theotokos, Mère de Dieu ; le concile d’Éphèse la confessa en 431.
Pleinement homme, hormis le péché
La nature humaine que le Fils a prise est entière et réelle : un corps véritable, non une simple apparence, et une âme d’homme dotée d’intelligence et de volonté. Sa chair n’est pas un déguisement, et saint Jean met en garde contre ceux qui le nieraient. « Tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu. » 1 Jean 4:2 L’erreur qui réduit le corps du Christ à une pure apparence se nomme le docétisme, du grec dokein, « paraître ». Et parce qu’il a pris une âme raisonnable, et non un simple corps que la divinité animerait à la place de l’âme, il a guéri en nous jusqu’à l’intelligence et le cœur : contre Apollinaire, qui croyait que le Verbe tenait lieu d’âme dans le Christ, l’Église rappelle avec saint Grégoire de Nazianze que ce qui n’a pas été assumé n’a pas été guéri. Il a grandi, connu la faim, la fatigue, la tristesse et la mort. En tout il a partagé notre condition, sauf le péché, dont il n’était pas seulement préservé mais incapable, car il n’y a en lui qu’une seule personne, celle du Fils de Dieu. « Il a été, comme nous, éprouvé en tout, à l’exception du péché. » Hébreux 4:15 Sa volonté d’homme s’est librement remise à celle du Père, jusque dans l’angoisse de Gethsémani : « Que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne, qui se fasse. » Luc 22:42 Il a donc, avec ses deux natures, deux volontés et deux manières d’agir : la volonté divine qu’il partage avec le Père, et une volonté d’homme, vraie et libre, qui s’accorde pleinement à la divine. C’est tout le Christ qui agit, par l’une et par l’autre. Le troisième concile de Constantinople l’a confessé en 681.
Pourquoi Dieu s’est fait homme
Le Fils s’est fait homme pour nous et pour notre salut. En se faisant homme, il a d’abord rendu Dieu visible : nul n’avait jamais vu le Père, mais le Fils, en prenant un visage d’homme, nous l’a fait connaître. « Celui qui m’a vu a vu le Père. » Jean 14:9 Il est la Parole même du Père dans notre chair. « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est tourné vers le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. » Jean 1:18 De condition divine, il s’est abaissé jusqu’à la nôtre, par amour : « Lui qui, étant de condition divine, s’est anéanti lui-même, prenant la condition d’esclave, devenant semblable aux hommes. » Philippiens 2:6-7 C’est en homme qu’il a pu offrir au Père, en notre nom, l’obéissance que nous lui refusions, et tracer dans sa chair le chemin de la sainteté ; et parce que cet homme est Dieu, son don nous rouvre l’accès au Père. « Aussi devait-il devenir en tout semblable à ses frères, pour être, dans le service de Dieu, un grand prêtre miséricordieux et fidèle, capable d’expier les péchés du peuple. » Hébreux 2:17 Il s’est fait ce que nous sommes pour nous donner ce qu’il est : en prenant notre nature, il l’a guérie de l’intérieur et l’a unie à Dieu. Saint Athanase l’a dit d’un mot : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ; la créature ne cesse pas d’être créature, elle reçoit par grâce d’avoir part à la vie divine : « pour que vous deveniez ainsi participants de la nature divine. » 2 Pierre 1:4