L’expansion du christianisme
Parti d’un petit groupe de disciples réunis à Jérusalem, le christianisme s’est répandu en vingt siècles jusqu’aux extrémités de la terre, et il est aujourd’hui la foi la plus partagée du monde. Cette expansion tient à un commandement reçu du Christ et à la conviction que le salut offert en lui s’adresse à tous les hommes. D’âge en âge, des apôtres, des moines, des missionnaires ont porté l’Évangile toujours plus loin, vers des peuples qui ne l’avaient pas reçu, souvent au prix de leur vie.
L’ordre de mission
Avant de quitter ses disciples, le Christ ressuscité leur confie une tâche qui déborde Israël : porter sa parole à tous les peuples. « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. » Matthieu 28:19. À cet envoi s’attache une promesse, qui soutiendra la mission jusqu’à la fin : « Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Matthieu 28:20. À la Pentecôte, cinquante jours après Pâques, l’Esprit Saint descend sur les apôtres et les pousse au-dehors : ce jour-là, des hommes venus de tout l’Orient les entendent annoncer le Christ chacun dans sa langue. L’Église naît tournée vers le monde entier : « vous me rendrez témoignage à Jérusalem... et jusqu’aux extrémités de la terre. » Actes 1:8.
Les apôtres dispersés
Les premiers porteurs de l’Évangile furent les Douze et ceux qui les suivirent. De Jérusalem, la foi gagna d’abord la Judée et la Samarie, puis Antioche de Syrie, où les disciples reçurent pour la première fois le nom de chrétiens. De là partit Paul, l’apôtre des nations, qui parcourut en trois grands voyages l’Asie Mineure et la Grèce, fondant des Églises de ville en ville et les reliant par ses lettres ; il porta enfin l’Évangile jusqu’à Rome, capitale de l’Empire, où il mourut avec Pierre sous Néron. D’autres prirent des routes plus lointaines : la tradition mène Thomas jusqu’en Inde, où une communauté se réclame de lui depuis les premiers siècles, et Marc jusqu’à Alexandrie, en Égypte. À la fin du premier siècle, des communautés existaient déjà dans la plupart des grandes villes de l’Empire et au-delà de ses frontières orientales.
La conquête de l’Empire
Pendant trois siècles, sans armée ni appui public, le christianisme se répandit dans tout le monde romain. Il profita de ce qui unissait l’Empire : des routes sûres, une langue commune, le grec, des villes où les hommes se côtoyaient. Il avançait de proche en proche, par la famille, le voisinage, le commerce. Ce qui le répandait le plus, c’était la vie des chrétiens eux-mêmes. Ils accueillaient les pauvres, rachetaient les esclaves, prenaient soin des veuves et des orphelins. Lorsque la peste frappait une ville et que chacun fuyait les malades, abandonnant parfois les siens, les chrétiens restaient pour les soigner, nourrir ceux qu’on laissait mourir et ensevelir les morts, sans regarder s’ils étaient des leurs ou des païens. Cette charité désintéressée étonnait. Le courage des martyrs frappait plus encore : les foules venues les voir périr s’attendaient à des cris et à des reniements, et voyaient des hommes et des femmes affronter le supplice avec paix, parfois en priant pour leurs bourreaux. Une telle force passait les capacités humaines ; beaucoup de témoins repartaient troublés, cherchaient à connaître cette foi, et finissaient par la demander. Au début du quatrième siècle, malgré les persécutions, les chrétiens formaient déjà une part importante de la population. En 313, par l’édit de Milan, l’empereur Constantin accorda à tous la liberté de culte : il mit fin aux persécutions et fit rendre aux chrétiens leurs lieux de prière et leurs biens confisqués. En 380, Théodose fit du christianisme la religion de l’Empire. Le monde romain était devenu chrétien.
Les peuples de l’Occident
La chute de l’Empire romain d’Occident, au cinquième siècle, ouvrit à l’Évangile de nouveaux peuples. Les nations germaniques qui s’installaient sur les terres de l’Empire furent peu à peu gagnées. Beaucoup avaient d’abord reçu une forme erronée du christianisme, l’arianisme, qui niait que le Christ fût pleinement Dieu ; leur retour à la foi droite fut décisif. Clovis, roi des Francs, se fit baptiser dans la foi catholique par l’évêque Rémi à Reims, vers l’an 500, et son peuple le suivit : la Gaule devint un foyer chrétien. L’évangélisation des campagnes, longtemps païennes, fut l’œuvre d’évêques et de moines, tel Martin de Tours. L’Irlande, que Rome n’avait jamais conquise, reçut la foi de saint Patrick au cinquième siècle. Jeune chrétien de la Bretagne romaine, Patrick avait été enlevé par des pillards et vendu comme esclave en Irlande, où il garda les troupeaux durant six ans. Évadé, puis ordonné évêque, il revint de lui-même évangéliser le peuple qui l’avait tenu en esclavage ; il parcourut l’île, baptisa et établit partout des prêtres. L’Irlande devint une terre de monastères d’où repartirent des missionnaires. L’un d’eux, le moine Colomban, quitta son île vers la fin du sixième siècle avec quelques compagnons pour réveiller la foi sur le continent ; il fonda des monastères en Gaule, à Luxeuil, puis en Italie, à Bobbio. En 597, le pape Grégoire le Grand envoya le moine Augustin évangéliser les Anglo-Saxons d’Angleterre, encore païens. Au siècle suivant, un autre moine anglais, Boniface, devint l’apôtre de la Germanie. Soutenu par le pape, il voulut montrer aux païens que leurs dieux étaient sans pouvoir : il abattit un chêne consacré au dieu Thor, et comme aucun malheur ne le frappa, beaucoup se laissèrent convaincre et reçurent le baptême. Il fonda des évêchés et des monastères, organisa l’Église chez les Francs et les Germains. En 754, parti porter l’Évangile aux païens de Frise, au nord, il fut attaqué et tué avec ses compagnons par une troupe d’hommes armés, refusant de se défendre.
Le Nord et les Slaves
Aux neuvième et dixième siècles, la foi gagna le nord et l’est de l’Europe. Deux frères grecs de Thessalonique furent les apôtres des Slaves : Cyrille, d’abord appelé Constantin, et Méthode. Pour annoncer l’Évangile à ces peuples, ils créèrent un alphabet adapté à leur langue et y traduisirent les Écritures et la liturgie, afin que chacun pût prier et comprendre dans sa propre langue. La Scandinavie se convertit aux dixième et onzième siècles. En Europe centrale, les royaumes nouveaux entrèrent dans la foi par leurs souverains : lorsqu’un prince recevait le baptême, il faisait du christianisme la religion de son royaume et le faisait adopter à son peuple. Ainsi la Pologne avec le duc Mieszko en 966, la Hongrie avec le roi Étienne Ier autour de l’an mil. Plus à l’est, la Rus’ de Kiev, autour de l’actuelle Ukraine et de la Russie, reçut la foi en 988 sous le prince Vladimir, non de Rome, mais de Constantinople, capitale de l’Empire d’Orient, qui avait sa propre tradition chrétienne. En 1054, un conflit sur l’autorité du pape et sur des points de foi sépara les deux Églises, celle de Rome, l’Église catholique, et celle de Constantinople, l’Église orthodoxe. Les peuples évangélisés depuis Constantinople, dont la Rus’, demeurèrent orthodoxes, séparés de Rome. À la fin du Moyen Âge, l’Europe entière était chrétienne.
Au-delà des océans
À la fin du quinzième siècle, l’ouverture de routes maritimes nouvelles porta le christianisme vers des continents entiers. Avec les navigateurs partirent des missionnaires, franciscains, dominicains, puis jésuites. En Amérique vivaient des peuples qui n’avaient jamais entendu parler du Christ. Les missionnaires apprirent leurs langues, vécurent au milieu d’eux, les instruisirent et les baptisèrent ; en quelques décennies, des millions d’hommes devinrent chrétiens. Des religieux défendirent aussi les Indiens contre la violence des conquérants, tel le dominicain Bartolomé de Las Casas, qui plaida sans relâche leur dignité d’hommes et d’enfants de Dieu. Au Mexique, le récit des apparitions de la Vierge à Guadalupe, en 1531, accompagna la conversion de millions d’habitants. En Asie, François Xavier, jésuite et l’un des premiers compagnons d’Ignace de Loyola, s’embarqua pour l’Inde. De Goa, il parcourut les côtes en baptisant les pauvres et les enfants par milliers, gagna les îles des Moluques, dans l’actuelle Indonésie, puis fut le premier à porter l’Évangile au Japon, en 1549, dont il apprit la langue et les manières ; il mourut en 1552 aux portes de la Chine, qu’il espérait atteindre. Une Église japonaise naquit, avant d’être broyée par une longue persécution. En Chine, un autre jésuite, Matteo Ricci, gagna l’estime des lettrés en se faisant proche de leur culture. L’Afrique, où le christianisme avait des racines anciennes en Égypte et en Éthiopie, fut abordée le long de ses côtes. En quelques générations, l’Église se trouva présente sur des terres dont l’Antiquité ignorait jusqu’au nom.
Les missions des temps modernes
Le dix-neuvième siècle vit le plus vaste élan missionnaire de l’histoire. Des congrégations entières se vouèrent à porter l’Évangile loin de l’Europe, en Afrique, en Asie, dans les îles du Pacifique. En Afrique, le cardinal Lavigerie fonda les Pères blancs, une société de missionnaires ainsi nommés à cause de l’habit blanc qu’ils portaient à la manière du pays. Partout, des écoles, des hôpitaux et des léproseries naquirent à côté des églises. Ces missions eurent aussi leurs martyrs. En Ouganda, de jeunes chrétiens au service du roi refusèrent d’abandonner leur foi et de céder à ses exigences ; Charles Lwanga et ses compagnons, pour la plupart des adolescents, furent brûlés vifs en 1886. La Corée et le Vietnam donnèrent eux aussi des milliers de martyrs. Au vingtième siècle, dans les pays évangélisés, des hommes du pays devinrent à leur tour prêtres et évêques, et ces Églises, d’abord conduites par des missionnaires étrangers, furent désormais gouvernées par des pasteurs nés sur place. Le centre de gravité du christianisme se déplaça : la plupart des chrétiens vivent désormais hors d’Europe. Tandis que la foi s’affaiblissait dans une Europe gagnée par l’indifférence religieuse, elle croissait rapidement en Afrique et en Amérique latine, portée par les conversions et par des peuples jeunes et nombreux.
Une Église pour toutes les nations
Cette expansion ininterrompue tient à ce que l’Église est par nature missionnaire. Elle se dit catholique, du mot grec rendu par « universel », katholikos (καθολικός), parce qu’elle est envoyée à tous les hommes, sans distinction de peuple ni de condition. Son ressort est une certitude reçue de Dieu, qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » 1 Timothée 2:4. Ce que Dieu offre à tous, l’Église ne peut le garder pour quelques-uns. Ce qui a poussé tant d’hommes et de femmes à tout quitter pour des terres inconnues, c’est l’amour même du Christ : « Car l’amour du Christ nous presse. » 2 Corinthiens 5:14. Le sang des martyrs, le travail des missionnaires et la prière de l’Église ont porté l’Évangile de Jérusalem aux extrémités de la terre, et cette mission demeure inachevée tant qu’un peuple ne l’a pas entendu.