L’épître aux Philippiens
Paul écrit aux Philippiens depuis la prison, et pourtant la lettre déborde de joie. Elle porte en son centre un hymne sur l’abaissement et l’élévation du Christ, l’une des plus anciennes professions de foi de l’Église, que Paul cite pour appeler les siens à l’humilité. Philippes fut la première ville d’Europe où Paul annonça l’Évangile, lors de son deuxième voyage. C’était une colonie romaine, peuplée de vétérans des légions, fiers de leur citoyenneté : détail qui donne tout son sens à la parole où Paul rappelle aux Philippiens une cité plus haute que Rome.
L’abaissement du Christ
L’hymne suit le Christ dans sa descente. Lui qui était Dieu n’a pas gardé son rang comme un bien à défendre, mais s’est dépouillé pour épouser notre condition : « lui qui, étant de condition divine, n’a pas retenu comme une proie à saisir le fait d’être l’égal de Dieu, mais il s’est anéanti lui-même, prenant la condition d’esclave, devenant semblable aux hommes. » Philippiens 2:6-7 Le mot grec dit un véritable vidage de soi ; le verbe est ekenōsen (ἐκένωσεν), « il s’est vidé », d’où la tradition a tiré le mot kénose pour dire cet anéantissement volontaire du Fils : sans rien perdre de sa divinité, le Fils prend tout de notre humanité. Et sa descente va jusqu’au bout : « il s’est abaissé lui-même, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » Philippiens 2:8
L’élévation
Au plus bas de l’abaissement répond le plus haut de la gloire. Parce que le Fils est descendu jusqu’à la croix, le Père l’élève au-dessus de tout : « C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom. » Philippiens 2:9 Devant ce Nom, tout genou fléchit, au ciel, sur la terre et sous la terre, et toute langue proclame que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. Or « Seigneur », en grec Kyrios, est le mot par lequel la Bible traduisait le Nom même de Dieu ; et cette adoration universelle reprend une parole où Dieu, chez le prophète Isaïe, disait que devant lui tout genou fléchirait. En la reportant sur Jésus, Paul lui rend l’adoration due à Dieu seul. L’hymne trace ainsi le chemin du salut : la voie qui descend est celle qui monte, et l’humilité du Christ est la source de sa gloire, comme elle est le modèle de la nôtre.
La joie dans l’épreuve
De cet abaissement suivi de gloire, Paul tire une joie que sa prison n’entame pas. Il presse les Philippiens de se réjouir, non des circonstances, mais du Seigneur qui les tient : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous. » Philippiens 4:4 Cette joie n’ignore pas l’épreuve, elle la traverse, appuyée sur le Christ pour qui Paul tient tout le reste pour rien. Cette lettre est d’abord un remerciement : les Philippiens avaient envoyé à Paul, par leur frère Épaphrodite, de quoi le soutenir dans sa prison. Il les en remercie et confesse avoir appris à vivre dans l’abondance comme dans le dénuement, parce qu’une seule force le porte : « Je peux tout en celui qui me rend fort. » Philippiens 4:13 À ces Philippiens fiers d’être citoyens romains, il rappelle une appartenance plus haute : « notre citoyenneté, à nous, est dans les cieux, d’où nous attendons comme Sauveur le Seigneur Jésus Christ. » Philippiens 3:20 Enchaîné, il donne l’exemple de ce qu’il enseigne : une paix que le monde ne donne ni ne retire. La source de cette paix, Paul la donne : remettre à Dieu toute inquiétude, dans la prière et l’action de grâce. « Ne vous inquiétez de rien, mais en toute chose, par la prière et la supplication, avec l’action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. » Philippiens 4:6-7