L’épître aux Hébreux
L’épître aux Hébreux est anonyme : à la différence des lettres de Paul, elle ne s’ouvre par aucune signature. La tradition l’a longtemps rangée parmi ses quatorze épîtres, et c’est pourquoi elle a sa place ici ; mais sa langue soignée et sa pensée propre ont fait penser, dès les premiers siècles, à une autre main, peut-être un disciple de Paul. L’auteur demeure inconnu. Ce que l’Église tient avec fermeté, c’est que ce texte est parole inspirée de Dieu. Cela éclaire aussi sa forme. Hébreux tient moins de la lettre que du sermon : l’auteur la nomme lui-même une « parole d’exhortation » Hébreux 13:22, un discours prêché puis envoyé, ce qui rend compte de son ouverture sans adresse, quand elle s’achève comme une lettre.
Ne pas revenir en arrière
La lettre s’adresse à des chrétiens venus du judaïsme, tentés, sous la persécution, de retourner à la religion de leurs pères. L’épître parle du culte du Temple comme d’un service encore en cours, les prêtres offrant jour après jour leurs sacrifices : elle fut donc écrite tant que le Temple tenait, avant sa destruction par les Romains en 70. L’ombre était sur le point de s’effacer d’elle-même, ce qui donnait à l’avertissement toute son urgence. À ce danger, l’auteur oppose une seule démonstration, poursuivie d’un bout à l’autre : le Christ est plus grand que tout ce qui l’a précédé, les anges, Moïse, les prêtres, les sacrifices. Revenir en arrière, ce serait quitter la réalité pour son ombre. La démonstration commence par le haut. Le Fils est d’abord montré au-dessus des anges, qui ne sont que des serviteurs et l’adorent : « Que tous les anges de Dieu se prosternent devant lui. » Hébreux 1:6 Puis au-dessus de Moïse : Moïse fut fidèle dans la maison de Dieu comme un serviteur, le Christ l’est comme le Fils qui est à la tête de la maison. « le Christ l’est comme un fils, à la tête de sa maison. » Hébreux 3:6 Les anges et Moïse servaient ; le Fils possède.
Dieu a parlé par son Fils
Dès les premiers mots, tout est dit. Après avoir parlé peu à peu par les prophètes, Dieu a dit son dernier mot en son Fils, par qui il a fait le monde et à qui il a tout remis : « Après avoir, bien des fois et de bien des manières, parlé autrefois à nos pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils. » Hébreux 1:1-2 Le Fils n’est pas un prophète de plus : il est la Parole même de Dieu, son dernier et définitif langage.