L’épître aux Galates
L’épître aux Galates est une lettre que Paul adresse aux Églises de Galatie, en Asie Mineure, qu’il avait lui-même fondées. À peine était-il reparti que d’autres prédicateurs y étaient venus enseigner que la foi au Christ ne suffisait pas : pour être sauvés, les païens convertis devraient encore se faire circoncire et observer la Loi de Moïse. La circoncision était le signe de l’alliance de Dieu avec Abraham, la marque d’appartenance au peuple élu ; l’exiger des païens, c’était les soumettre à toute la Loi et tenir la foi au Christ pour insuffisante. L’enjeu touchait donc le cœur de l’Évangile, et Paul écrit pour défendre la seule chose qui sauve, la grâce du Christ reçue par la foi.
Un seul Évangile
Contre ceux qui ajoutent à l’Évangile, Paul pose une règle sans appel : il n’existe pas deux bonnes nouvelles. « Si nous-mêmes, ou un ange venu du ciel, nous vous annoncions une Bonne Nouvelle différente de celle que nous vous avons annoncée : qu’il soit maudit ! » Galates 1:8 Son autorité ne vient pas des hommes : l’Évangile qu’il prêche, il l’a reçu du Christ lui-même sur le chemin de Damas. « La Bonne Nouvelle que j’ai annoncée n’est pas selon l’homme. Ce n’est pas d’un homme que je l’ai reçue ni apprise, mais par une révélation de Jésus Christ. » Galates 1:11-12 Ajouter à cet Évangile la circoncision comme nécessaire au salut, c’est en réalité vider la Croix : « si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien. » Galates 5:2
Justifiés par la foi
Le cœur de la lettre tient en une phrase : l’homme n’est pas rendu juste devant Dieu par l’observance de la Loi, mais par la foi au Christ. « L’homme n’est pas justifié par les œuvres de la Loi, mais par la foi en Jésus Christ. » Galates 2:16 Paul rappelle qu’il tint bon sur ce point jusqu’à reprendre en face l’apôtre Pierre : venu à Antioche, Pierre partageait la table des païens convertis, puis s’en retira par crainte des tenants de la Loi, et Paul lui résista ouvertement : en cessant de manger avec eux, Pierre laissait entendre que ces croyants n’étaient pas des frères à part entière tant qu’ils n’observaient pas la Loi, ce qui reniait l’Évangile. Ce que la foi opère, c’est une vie nouvelle où le croyant ne s’appartient plus : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » Galates 2:20
La Loi et la promesse
Paul ne rejette pas la Loi : il la remet à sa place. La promesse faite à Abraham, reçue par la foi, précède la Loi de plusieurs siècles, et la Loi venue ensuite ne l’annule pas. La Loi avait une fonction, provisoire et bonne, garder et conduire le peuple jusqu’au Christ, comme le surveillant qui mène l’enfant à l’école. Mais la Loi qu’on n’observe pas tout entière fait retomber sa malédiction sur le transgresseur, et de cette malédiction le Christ nous rachète en la prenant sur lui : « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi en devenant lui-même malédiction pour nous. » Galates 3:13 Paul y lit une parole de la Loi elle-même, « un pendu est une malédiction de Dieu » Deutéronome 21:23 : suspendu au gibet de la Croix, le Christ épouse la condition du maudit pour en délivrer ceux que la Loi condamnait. « La Loi a été notre surveillant jusqu’au Christ, pour que nous soyons justifiés par la foi. » Galates 3:24 Le Christ venu, les barrières que la Loi dressait tombent, et tous les baptisés sont égaux en lui : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme : car tous, vous n’êtes qu’un dans le Christ Jésus. » Galates 3:28
Fils, et non esclaves
Le fond de la liberté chrétienne est une adoption. Cette adoption a une source précise, que Paul énonce d’abord : « Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi, pour racheter ceux qui étaient sujets de la Loi, afin que nous recevions l’adoption filiale. » Galates 4:4-5 Le Fils entre lui-même sous la Loi et dans notre chair, né d’une femme, pour faire de nous par grâce ce qu’il est par nature. Par le baptême, le croyant devient fils de Dieu en étant uni au Christ, le Fils : ce que Jésus est par nature, le baptisé le devient par grâce. Il reçoit l’Esprit qui lui fait dire à Dieu le nom même que Jésus lui donnait, Abba, le mot araméen tendre de l’enfant à son père. « Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : « Abba ! Père ! » » Galates 4:6 Retourner sous la Loi comme sous un joug, ce serait redescendre de la condition de fils à celle d’esclave.
Les deux femmes, les deux alliances
Pour asseoir tout cela dans l’Écriture, Paul relit l’histoire d’Abraham, qui eut deux fils de deux femmes : « Abraham eut deux fils, l’un de la servante, l’autre de la femme libre. » Galates 4:22 Ismaël naquit de l’esclave Agar, selon la chair ; Isaac, de la femme libre Sara, selon la promesse. Paul y lit une figure des deux alliances : « ces femmes sont deux alliances. L’une, celle du mont Sinaï, qui enfante pour l’esclavage, c’est Agar. » Galates 4:24 Agar, l’esclave, représente le Sinaï et la Jérusalem d’ici-bas, tenue dans la servitude de la Loi ; Sara, la femme libre, représente la Jérusalem d’en haut : « la Jérusalem d’en haut est libre, et c’est elle notre mère. » Galates 4:26 Comme Isaac, né parce que Dieu l’avait promis et non par la seule force des hommes, le croyant est fait enfant de Dieu par la grâce reçue dans la foi, et non parce qu’il observe la Loi. Aussi Paul lui applique-t-il la parole faite à Abraham : « Chasse la servante et son fils, car le fils de la servante n’héritera pas avec le fils de la femme libre. » Galates 4:30 Nous ne sommes pas enfants de l’esclave, mais de la femme libre. C’est pourquoi Paul presse les Galates de tenir ferme : « C’est pour la liberté que le Christ nous a libérés. » Galates 5:1
La liberté selon l’Esprit
Cette liberté n’est pas le droit de tout faire. Libéré de la Loi, le croyant est conduit par l’Esprit, et l’Esprit porte en lui un fruit que nulle loi n’a besoin de commander : « la charité, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi » Galates 5:22-23. La foi qui sauve n’est donc pas une adhésion morte : elle agit par la charité, et cette charité accomplit toute la Loi. L’Église a toujours lu Paul ainsi : l’homme est justifié par grâce, dans une foi vivante qui opère par l’amour, et non par les seules forces d’une observance extérieure. La liberté de l’Évangile n’abolit pas la vie morale, elle l’accomplit de l’intérieur, par l’Esprit du Fils. Paul referme la lettre en ramenant tout à la Croix, loin de toute fierté dans la circoncision : « Que je ne me glorifie de rien, sinon de la croix de notre Seigneur Jésus Christ. » Galates 6:14 Car ce qui compte n’est ni d’être circoncis ni de ne pas l’être, mais d’être une création nouvelle.