L’apôtre Paul
Paul est, après le Christ lui-même, la figure qui a le plus marqué le christianisme naissant. Treize lettres portent son nom dans le Nouveau Testament, davantage qu’aucun autre auteur, et les plus anciennes furent écrites avant même la rédaction des évangiles. À ces treize lettres, la tradition en a longtemps joint une quatorzième, l’épître aux Hébreux, qui ne porte pas son nom et fut reçue à part : d’une autre main, mais dans sa mouvance et sous son autorité. Ce sont des lettres vivantes, adressées à des Églises réelles pour enseigner, corriger, consoler et affermir. Les connaître, c’est entrer dans la pensée de celui qui a porté l’Évangile du monde juif jusqu’au cœur de l’Empire, et qui, le premier, a mis par écrit la foi de l’Église.
De Saul à Paul
Il naît à Tarse, en Cilicie, dans une famille juive, et reçoit le nom de Saul. Ce nom juif ira de pair avec un nom romain, Paul, car il est citoyen de Rome par sa naissance ; ce n’est pas un nom reçu à sa conversion, mais celui sous lequel l’apôtre des nations se fera connaître. Pharisien zélé, c’est-à-dire tenant du courant juif le plus rigoureux dans l’observance de la Loi, formé à Jérusalem aux pieds du maître Gamaliel, il se fait le persécuteur ardent de la jeune Église, gardant les manteaux de ceux qui lapident Étienne, le premier martyr chrétien, geste par lequel il approuvait sa mise à mort. Sur la route de Damas, où il allait arrêter des disciples, une lumière le jette à terre et une voix l’atteint : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Actes 9:4 Il demande qui parle, et la réponse renverse sa vie : « Je suis Jésus, que tu persécutes. » Actes 9:5 Le Christ s’identifie à ceux que Saul frappe : persécuter l’Église, c’est le persécuter, lui. Paul lira toujours cet instant comme une pure grâce, non comme une récompense : Dieu l’avait choisi d’avance pour révéler en lui son Fils. « Lorsqu’il plut à Dieu, qui m’avait mis à part dès le sein de ma mère et m’avait appelé par sa grâce, de révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les nations… » Galates 1:15-16
L’apôtre des nations
Le mot apôtre, du grec apostolos, désigne l’envoyé, celui qu’on mande avec une mission et l’autorité de celui qui l’envoie. Paul se sait envoyé aux nations, à ces païens que la Loi tenait à distance. Trois grands voyages le portent à travers l’Asie Mineure et la Grèce, de ville en ville : il annonce le Christ, rassemble des croyants, fonde des Églises, puis repart, laissant derrière lui des communautés jeunes et fragiles. Partout il gagne sa vie de ses mains, car il est de métier fabricant de tentes, travaillant le cuir et la toile. Il tient à ne peser sur personne et à prêcher gratuitement : « c’est en travaillant nuit et jour, pour n’être à la charge d’aucun de vous, que nous vous avons annoncé la Bonne Nouvelle de Dieu. » 1 Thessaloniciens 2:9 Cette indépendance fait partie de sa liberté d’apôtre. Ses lettres naissent de cette distance : lorsqu’une Église qu’il a fondée se trouble, se divise ou s’égare, il lui écrit pour la reprendre et l’affermir. Chaque lettre répond à une situation précise, et pourtant chacune porte l’Évangile tout entier. Une question grave marqua ces années, celle de savoir si les païens convertis devaient d’abord se plier à la Loi de Moïse ; réunis à Jérusalem, les apôtres tranchèrent qu’on ne la leur imposerait pas, ouvrant à l’Évangile la route des nations. De ce concile, il retint une seule charge : se souvenir des pauvres. Il en fit l’œuvre de sa vie, rassemblant dans ses Églises de Grèce et d’Asie une grande collecte pour les frères démunis de Jérusalem. Ce partage n’était pas qu’une aumône : il scellait dans les faits l’unité des croyants venus du paganisme avec l’Église née d’Israël.
Le cœur de son Évangile
Au centre de tout, Paul met le Christ crucifié et ressuscité. L’homme ne se sauve pas lui-même par ses œuvres ; Dieu le justifie gratuitement, par grâce, dans la foi au Christ, et le fait vivre d’une vie nouvelle par l’Esprit. Le croyant est incorporé au Christ comme un membre à un corps, et l’Église est ce Corps dont le Christ est la tête. Tout ce que Paul avait tenu pour un gain, sa naissance, sa Loi, sa justice, il l’a compté comme une perte au regard de ce seul bien : « Je tiens désormais tout pour une perte, à cause de ce bien suprême : connaître le Christ Jésus, mon Seigneur. » Philippiens 3:8 Et ce qu’il est, il le doit non à ses forces, mais au don reçu : « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. » 1 Corinthiens 15:10
La force dans la faiblesse
Sa vie d’apôtre fut une longue épreuve : coups, prisons, naufrages, faim, trahisons. Une souffrance qu’il nomme une écharde dans sa chair ne lui fut pas retirée, et il en reçut cette parole où il trouva le sens de toutes les autres : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie tout entière dans la faiblesse. » 2 Corinthiens 12:9 Sa vie n’avait plus qu’un centre : « Pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un gain. » Philippiens 1:21 La tradition le fait mourir martyr à Rome, décapité sous Néron, vers les années soixante. Peu avant, il pouvait dresser le bilan d’une vie donnée : « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. » 2 Timothée 4:7
Lire ses lettres
Une lettre de Paul suit d’ordinaire un même mouvement : il se nomme et salue, rend grâce pour ses destinataires, expose la doctrine, en tire les conséquences pour la vie, et termine par des salutations. Il les dictait à un secrétaire, ajoutant parfois un mot de sa main, et elles étaient lues à voix haute dans l’assemblée réunie. Le Nouveau Testament les range non par ordre de date, mais par longueur décroissante, les lettres aux Églises d’abord, puis celles adressées à des personnes. L’Église les a reçues dès l’origine comme parole de Dieu, et elle les lit dans sa liturgie depuis les premiers siècles, y puisant sans cesse sa doctrine de la grâce, de l’Église et du salut.