Les oracles contre les nations
Après le jugement de Jérusalem, le livre rassemble les oracles contre les nations. Ce recueil est groupé par thème, non par date : les uns précèdent la chute de la ville, d’autres la suivent. Le chapitre d’ouverture vise quatre voisins immédiats, condamnés pour un même motif : ils ont méprisé Israël dans son malheur. Ammon s’est réjoui de la ruine de Jérusalem, le sanctuaire profané, la terre dévastée, Juda emmené en captivité ; Moab a nié qu’Israël fût différent des autres peuples ; Édom s’est vengé cruellement de Juda ; les Philistins ont frappé avec un mépris ancien : « Puisque tu as dit : Ha ! Ha ! sur mon sanctuaire quand il a été profané. » Ézéchiel 25:3 Dieu juge ces nations parce qu’elles ont piétiné un peuple déjà à terre.
Tyr, la cité marchande
Le plus long des oracles vise Tyr, la grande ville marchande, riche de son commerce sur toutes les mers. Ézéchiel la décrit comme un navire magnifique, chargé de trésors, que la tempête va engloutir. Sa faute est sa suffisance : sûre de sa richesse, elle s’est crue imprenable et s’est réjouie de voir tomber Jérusalem, sa rivale commerciale. Dieu annonce qu’elle sera rasée. L’oracle s’accomplit par étapes : Nabuchodonosor assiège Tyr treize ans et son armée s’y épuise, mais la ville, bâtie sur une île, résiste, et il n’en tire aucun butin. Dieu annonce alors qu’il lui donnera l’Égypte : le pillage de ce pays paiera enfin l’armée pour l’effort resté sans gain devant Tyr. La ville elle-même sera finalement rasée par Alexandre le Grand, deux siècles et demi plus tard.
Le roi de Tyr, figure de Satan
Au cœur de l’oracle, Dieu s’adresse au roi de Tyr, et sa parole dépasse alors l’homme qu’elle vise. Le prince s’était dit dieu : « Ton cœur s’est élevé, et tu as dit : Je suis un dieu, je siège sur un trône de dieu, alors que tu es un homme et non un dieu. » Ézéchiel 28:2 Puis l’oracle remonte plus haut et décrit un être placé en Éden, dans le jardin de Dieu, parfait en beauté et en sagesse, jusqu’à ce que l’orgueil le perde : « Tu étais parfait dans tes voies depuis le jour de ta création, jusqu’à ce que l’iniquité se trouva en toi. » Ézéchiel 28:15 Ces mots dépassent tout roi humain : la tradition y reconnaît Satan, l’ange comblé de perfection qui s’est élevé contre Dieu et fut précipité. Le roi de Tyr, qui se fait dieu, en est l’image sur la terre : tout être qui veut prendre la place de Dieu retrace la chute du premier orgueilleux.
Sidon et l’Égypte
Vient ensuite Sidon, la voisine de Tyr, contre qui Dieu annonce la peste et l’épée, le sang dans ses rues, afin que par ce jugement on reconnaisse qui il est. Puis l’oracle se déploie longuement contre l’Égypte, la grande puissance sur laquelle Israël fut si souvent tenté de s’appuyer plutôt que sur Dieu. Le Pharaon y est peint comme le grand crocodile couché au milieu de ses fleuves, se disant maître du Nil qu’il aurait fait lui-même : « Voici que je viens à toi, Pharaon, roi d’Égypte, le grand crocodile. » Ézéchiel 29:3 L’Égypte est ensuite comparée à un cèdre superbe, plus haut que tous les arbres, que Dieu abat pour son orgueil ; et l’oracle s’achève sur une lamentation où le Pharaon descend au séjour des morts, rejoindre les nations tombées avant lui. L’accomplissement suit : Nabuchodonosor envahit l’Égypte et la ravage ; sa puissance est brisée.