Les actions symboliques et le jugement de Jérusalem
Ézéchiel prophétise depuis Babylone, où il a été déporté en 597 avant Jésus-Christ ; Jérusalem, elle, tient encore. C’est sa ruine prochaine qu’il annonce, dix ans avant qu’elle survienne. Avant de parler, il agit. Dieu lui commande une série de gestes qui figurent, dans son corps et sous les yeux du peuple, le sort de Jérusalem. Il prend une brique, y dessine la ville et en mime le siège : « Prends une brique, pose-la devant toi, et tu y dessineras une ville, Jérusalem. » Ézéchiel 4:1 Il demeure couché de longs jours sur le côté, portant le poids des années de faute d’Israël. Il rase ses cheveux et sa barbe, les partage en trois et les livre au feu, au glaive et au vent, pour dire les trois sorts qui attendent les habitants : un tiers mourra de peste et de famine, un tiers tombera par l’épée, un tiers sera dispersé à tout vent, chassé parmi les nations : « Prends une lame tranchante en guise de rasoir, et fais-la passer sur ta tête et sur ta barbe. » Ézéchiel 5:1 Enfin il perce le mur de sa maison et sort son bagage sur l’épaule, dans l’obscurité, le visage voilé, pour mimer le départ des exilés : « Je t’ai établi comme un signe pour la maison d’Israël. » Ézéchiel 12:6 Le prophète devient lui-même la parole : son corps porte l’annonce avant sa bouche.
Les abominations du Temple
En vision, Dieu transporte Ézéchiel jusqu’à Jérusalem et lui fait voir ce qui se cache dans le Temple. Sur les murs du sanctuaire sont gravées des figures d’animaux immondes, devant lesquelles les anciens d’Israël brûlent l’encens ; des femmes pleurent le dieu Tammouz ; et vingt-cinq hommes, tournant le dos au sanctuaire, se prosternent devant le soleil levant : « Vois-tu les grandes abominations que la maison d’Israël commet ici, pour que je m’éloigne de mon sanctuaire ? » Ézéchiel 8:6 Le mal n’est pas au-dehors mais au cœur même du lieu saint : le peuple a fait entrer les idoles dans la maison de Dieu. Cette profanation appelle le jugement, car Dieu ne peut demeurer là où l’on adore d’autres dieux à sa place.
Le départ de la gloire
La gloire du Seigneur, cette présence que la première vision montrait sur son char, se lève de sur le sanctuaire et s’en va. Elle quitte d’abord le seuil du Temple, puis s’arrête à la porte orientale, puis s’élève au-dessus de la ville et se retire vers la montagne qui est à l’orient, le mont des Oliviers : « La gloire du Seigneur s’éleva du milieu de la ville et s’arrêta sur la montagne qui est à l’orient. » Ézéchiel 11:23 Ce départ se fait par étapes, et cette lenteur dit la patience de Dieu : il s’éloigne à regret, marquant une pause après l’autre, laissant jusqu’au bout la porte ouverte au retour. La gloire partie, la ville est livrée à la ruine, car Jérusalem que Dieu abandonne perd sa seule défense. Le Temple n’est saint que par la présence qui l’habite ; cette présence emportée, il n’est plus qu’un bâtiment que les armées de Babylone pourront brûler.
L’Église lit ce départ à la lumière du retour. La gloire s’en est allée vers l’orient par la porte orientale ; c’est par l’orient, sur ce même mont des Oliviers, que le Christ entrera dans Jérusalem, et c’est de là qu’il montera au ciel après sa résurrection. La présence que la gloire emportait en partant, le Christ la ramène en venant : Dieu revient habiter parmi les hommes.
La mort sans deuil
Le jugement atteint le prophète lui-même. Dieu lui annonce qu’il va lui reprendre d’un coup ce qu’il a de plus cher, sa femme, et lui interdit de la pleurer : « Je vais t’enlever par un coup soudain les délices de tes yeux ; tu ne te lamenteras pas, tu ne pleureras pas. » Ézéchiel 24:16 Le soir, sa femme meurt ; au matin, il fait comme il lui a été ordonné, sans un signe de deuil. Cette épreuve est un signe : la femme aimée figure le Temple, « les délices de vos yeux » Ézéchiel 24:21, que Dieu va livrer à la profanation en se retirant ; et l’interdiction du deuil annonce que le peuple, devant la ruine du sanctuaire, restera muet, la douleur dépassant les larmes.