Ézéchiel, le prophète de l’exil
Ézéchiel est prêtre de Jérusalem. En 597 avant Jésus-Christ, Nabuchodonosor, roi de Babylone, prend une première fois la ville : il emmène en exil le roi Joakin, la cour et les notables, dont Ézéchiel, mais laisse Jérusalem debout et son Temple intact, plaçant sur le trône Sédécias comme roi vassal. Onze ans plus tard, la révolte de Sédécias provoque un second siège : en 587, la ville est prise, le Temple brûlé, et le peuple déporté en masse. Ézéchiel prophétise entre ces deux dates, exilé de la première heure, annonçant à ses compagnons la ruine encore à venir de la ville restée debout. Il vit parmi les exilés, au bord du fleuve Kébar, un grand canal de Babylonie. C’est là que Dieu le saisit, la cinquième année de l’exil, et lui donne de voir : « Les cieux s’ouvrirent, et je vis des visions de Dieu. » Ézéchiel 1:1 Le livre date chacun de ses oracles avec un soin d’archiviste, année, mois et jour de la captivité : la parole de Dieu rejoint son peuple dans l’exil même, et s’inscrit dans son histoire.
La vision du char
Du nord surgit une tempête : une grande nuée et un feu, avec un éclat tout autour, et au milieu quatre êtres vivants. Chacun a quatre visages et quatre ailes ; à terre, à côté d’eux, des roues pleines d’yeux avancent quand ils avancent et s’élèvent quand ils s’élèvent : le souffle qui anime les vivants est aussi dans les roues, si bien que les uns et les autres ne font qu’un seul mouvement. Au-dessus s’étend un firmament de cristal, et sur ce firmament un trône, et sur le trône une figure d’homme dans le feu et la clarté : « Tel était l’aspect de l’image de la gloire du Seigneur. À cette vue, je tombai sur ma face. » Ézéchiel 1:28 La gloire du Seigneur se déplace, libre de tout lieu, et vient visiter ses exilés en terre païenne. Elle règne sur toute la terre, et non sur le seul Temple de Jérusalem.
Les quatre vivants
Chaque vivant porte quatre visages : « Une face d’homme par devant, une face de lion à droite, une face de taureau à gauche, et une face d’aigle. » Ézéchiel 1:10 L’homme dit l’intelligence, le lion la royauté, le taureau l’animal de l’offrande, l’aigle la hauteur du regard, et les quatre ensemble portent le trône : toute la création sert la gloire de son Dieu. L’Apocalypse reprend ces quatre vivants autour du trône du ciel : « Le premier ressemble à un lion, le deuxième à un jeune taureau, le troisième a comme une face d’homme, et le quatrième ressemble à un aigle qui vole. » Apocalypse 4:7 L’Église y reconnaît depuis les premiers siècles la figure des quatre évangélistes : Matthieu l’homme, car son Évangile s’ouvre sur la généalogie humaine du Christ ; Marc le lion, qui commence par la voix qui crie au désert ; Luc le taureau, qui commence au sacrifice de Zacharie dans le Temple ; Jean l’aigle, dont le regard s’élève d’emblée jusqu’au Verbe éternel. Les quatre visages qui portaient le trône portent désormais l’Évangile aux quatre coins du monde.
Le rouleau mangé
Dieu tend au prophète un rouleau écrit au-dedans et au dehors, chargé de plaintes et de gémissements, et lui commande de le manger : « Fils d’homme, nourris ton ventre et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne. Je le mangeai, et il fut dans ma bouche doux comme du miel. » Ézéchiel 3:3 Avant de porter la parole, le prophète doit l’assimiler jusqu’aux entrailles, la faire entièrement sienne. Le rouleau annonce le malheur, et pourtant il est doux : sa douceur ne tient pas à ce qu’il dit, mais à ce qu’il est, la parole de Dieu. Pour qui aime Dieu, se nourrir de sa parole et communier à sa volonté est une douceur, même lorsqu’elle porte un jugement.
La sentinelle
Dieu définit alors la charge du prophète : « Fils d’homme, je t’établis comme sentinelle pour la maison d’Israël : tu écouteras la parole de ma bouche, et tu les avertiras de ma part. » Ézéchiel 3:17 La sentinelle veille sur la ville et sonne l’alarme à l’approche du danger. Dieu en fait la charge d’Ézéchiel : s’il n’avertit pas le méchant de sa faute, celui-ci mourra dans son péché, mais Dieu redemandera son sang au prophète ; s’il l’avertit, il aura sauvé sa propre vie, que le méchant se convertisse ou non.