Le nouveau Temple et le fleuve de vie
Vingt-cinq ans après sa déportation, longtemps après la ruine du Temple de Jérusalem, Dieu transporte Ézéchiel en vision jusqu’à une haute montagne du pays d’Israël. Là un homme au visage de bronze, un cordeau de lin et une canne à mesurer à la main, lui fait parcourir et mesurer un Temple immense et parfait : ses portes, ses parvis, ses chambres, l’autel, le sanctuaire. Ce Temple n’a jamais été bâti tel quel : il n’est pas un plan d’architecte, mais la figure d’un lieu où Dieu habitera parfaitement au milieu des siens. Dieu dit lui-même le sens de ces mesures : en contemplant ce Temple parfait, saint jusqu’au moindre détail, Israël mesure l’écart entre la sainteté que Dieu appelle et les péchés par lesquels il a chassé sa gloire, et cette prise de conscience le conduit au repentir : « Fais connaître cette maison à la maison d’Israël, afin qu’ils rougissent de leurs iniquités. » Ézéchiel 43:10
Le retour de la gloire
Vient alors la réponse au drame des premiers chapitres. La gloire de Dieu, qui avait quitté Jérusalem par l’orient et s’était retirée sur la montagne, revient, et elle revient par le même chemin : « La gloire du Dieu d’Israël venait de la direction de l’orient ; sa voix était comme la voix des grandes eaux, et la terre resplendissait de sa gloire. » Ézéchiel 43:2 Elle entre dans le Temple par la porte orientale et le remplit. Dieu déclare alors qu’il y demeurera pour toujours : « C’est ici le lieu de mon trône, où j’habiterai au milieu des enfants d’Israël à jamais. » Ézéchiel 43:7 La présence partie par abandon revient par grâce, et cette fois elle ne repartira plus.
La porte fermée
Un peu plus loin, Dieu montre à Ézéchiel cette même porte orientale, désormais fermée, et lui en donne la raison : « Ce portique sera fermé, il ne s’ouvrira pas, et personne n’entrera par là, car le Seigneur, le Dieu d’Israël, est entré par là. » Ézéchiel 44:2 La tradition catholique reconnaît dans cette porte le sein de Marie. Le Seigneur y est entré : conçu de l’Esprit Saint, le Fils de Dieu est entré dans le ventre de la Vierge pour y prendre chair. Et parce que Dieu y est entré, cette porte est fermée à jamais : nul autre n’y entrera, Marie demeure vierge.
Le verset suivant montre le prince établi dans cette porte : « Quant au prince, parce qu’il est le prince, il s’assiéra dans cette porte pour manger le pain devant le Seigneur. » Ézéchiel 44:3 Ce prince est le Christ : assis dans la porte, il est l’enfant demeurant dans le sein de sa mère.
Le fleuve de vie
Du seuil du Temple, Ézéchiel voit alors sortir un filet d’eau, qui coule vers l’orient. À mesure qu’il avance, l’eau grossit sans qu’aucun affluent ne s’y joigne : à cinq cents mètres environ elle monte à la cheville, puis au genou, puis aux reins, et devient enfin un fleuve qu’on ne peut traverser. Partout où ce fleuve passe, la vie jaillit : « Tout être vivant qui se meut, partout où entrera le torrent, vivra. » Ézéchiel 47:9 Il descend jusqu’à la mer Morte et en assainit les eaux, et sur ses rives poussent des arbres dont le fruit nourrit et dont les feuilles guérissent. Ce fleuve qui sort du sanctuaire pour rendre la vie au monde, c’est l’eau vive qui jaillira du côté transpercé du Christ sur la Croix, source du baptême et de la grâce. L’Apocalypse le montre à la fin, coulant du trône de Dieu au milieu de la cité : « Un fleuve d’eau de la vie, jaillissant du trône de Dieu et de l’Agneau. » Apocalypse 22:1 C’est la vie divine donnée en plénitude, la grâce qui coule de Dieu vers tous les peuples et les guérit à jamais.
Le Seigneur est là
Le livre s’achève sur le partage de la Terre promise : chaque tribu d’Israël reçoit sa part, en bandes régulières. Puis vient la ville. Elle forme un carré parfait, entouré d’une muraille percée de douze portes, trois de chaque côté, au nord, à l’est, au sud et à l’ouest, chacune au nom d’une des douze tribus d’Israël : tout le peuple de Dieu a son entrée dans la ville où il habite. Ces mesures régulières ne dessinent pas un plan à bâtir : elles montrent une cité où tout est à sa juste place autour de la présence de Dieu, comme il convient à sa sainteté.
Le tout dernier mot du livre est le nom de cette ville : « Le nom de la ville sera désormais : le Seigneur est là. » Ézéchiel 48:35 La gloire avait fui une ville où Dieu n’était plus honoré ; elle revient dans une cité dont la présence de Dieu fait toute l’identité, au point qu’elle en porte le nom : Dieu habite ici.
Ce nom donne la clé de toute la vision. La présence de Dieu au milieu des hommes s’accomplit d’abord dans le Christ, l’Emmanuel, « Dieu avec nous », Dieu venu habiter en personne parmi les siens. L’Apocalypse reprend ensuite la cité d’Ézéchiel trait pour trait : la Jérusalem céleste est carrée, avec douze portes aux noms des douze tribus, et douze fondements portant les noms des douze apôtres de l’Agneau Apocalypse 21:14 ; Israël et l’Église y sont réunis en une seule cité, où entrent les peuples de toutes les nations. Et là, la présence de Dieu est si pleine qu’aucun sanctuaire ne la contient plus : « Je n’y vis pas de temple, car le Seigneur Dieu tout-puissant est son temple, ainsi que l’Agneau. » Apocalypse 21:22 La ville dont le nom était « le Seigneur est là » devient la cité où Dieu demeure pour toujours avec son peuple.